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affiche 2e Festival du film Policier Reims

2e Festival du film Policier Reims

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Genre : Festival Cinéma

L'Actu

2e Festival du film Policier Reims

Du 5 au 10 avril 2022

 C’est une vieille histoire d’amour passionnée, parfois excessive entre le Polar et la ville de Reims. Elle commence en 1979, du 3 au 6 mai exactement. C’est Jacques Baudou qui lance le premier coup d’archet en souhaitant installer dans la ville des Sacres un rendez-vous costaud. Ce premier festival voit la naissance de l’association 813  avec trois complices du crime, Michel Lebrun, Pierre Lebedel et Alain Demouzon. L’affaire était dans le sac, la mainmise sur un pactole qui, d’année en année, jusqu’en 1987, confirmera cette bonne idée. C’était la première fois que le genre sous tous ses aspects était mis sous les feux des projecteurs, cinéma, littérature, bande dessinée, télévision. Cette année-là, 1987, qui n’était pas la bonne, le festival migre pour peu de temps à Grenoble. C’est un ensemble de désaccords que nous préférons oublier qui achèveront l’affaire. Reims ne sacrerait plus le crime en tout genre, mais la télévision, la vraie, celle qui en avait, du coffre et de la qualité avec les Rencontres européennes puis internationales de Télévision.

En 2006, une équipe de passionnés relance l’enquête et décide, dans les pas de son ainé, de proposer un nouveau rendez-vous du polar, Interpol’art. Le genre avait évolué depuis, suspense, roman noir, thriller… Il connaissait un engouement public et professionnel. De nombreuses collections se la jouaient aux vitrines des libraires, à côté des vieilles dames, Le masque et la Série noire pour ne nommer qu’elles. Jusqu’en 2018, une programmation exigeante fait la part belle aux auteurs de polars. Une fois de plus, la bête se meurt et cette fois, le cadavre, qui n’était pas exquis, semblait enterré pour toujours. Il faudra attendre un petit virus vicelard, un désaccord entre bonnes gens pour que, de nouveau, pointent à l’horizon les tueurs et enquêteurs sous pellicule. Reims n’oubliait pas sa dulcinée, sa maitresse du crime pour l’accueillir, cette fois en ligne, en 2021 et en live en 2022. La romance recommence et nous ne jouerons pas les teigneux en demandant pour combien de temps. Nous ne demanderons pas plus si dans la foulée, après le grand écran, le petit et la littérature viendront compléter un rendez-vous incontournable.

Nous saluerons juste le retour de l’amoureuse, après 25 ans à Cognac, 12 ans à Beaune, pour la 40e édition et la deuxième à Reims. La gueuse voulait oublier son passé, faire table rase d’hier pour se donner un nouveau look. Le compteur repart à zéro. Hier n’existe plus, il ne reste que demain. C’est sans compter avec le teigneux de service. C’est comme si, d’un coup, on oubliait tous les Lew Archer, Philippe Marlowe, Sam Spade, Maigret, Sherlock Holmes, Nestor Burma, une longue liste aux oubliettes. Nous rappellerons que le premier festival du genre ne nait pas loin des voutes de la cathédrale. Un petit hommage à son créateur, Jacques Baudou, comme une reconnaissance d’un passé lointain, fondateur, n’aurait fait de mal à personne. Hier, Alphonse Boudard me disait « Le milieu change, l’honneur, le respect se fait la malle, prend ses aises. » Ce n’est pas une poussée d’acnée mais d’Alzheimer, on ne respecte plus rien, tout fout le camp ! Je sais l’âge vous aigrit l’âme, on radote.

La programmation est vivace et choisit la qualité, un regard sur le monde entre la Chine et l’Espagne, l’Ukraine, et l’incontournable Corée du Sud, une compétition qui promet beaucoup d’émotion. En ouverture, la première réalisation d’un habitué du genre, coscénariste des Misérables, Entre la vie et la mort de Giordano Gederlini (France). En clôture c’est La ruse de John Madden (Royaume-Uni) qui mettra fin aux crimes en tout genre. Entre-temps, le quidam passionné de meurtre et de fric-frac en tous genres, menés par des morfaloux sans scrupules, découvrira une sélection espagnole avec un arrière-goût du franquisme en toile de fond.

Il pourra aussi se faire une perfusion de sang neuf avec une sélection internationale. Pour compléter la scène du crime, quelques hors compétitions feront leur incursion, des séances spéciales et un peu de télévision. Si vous n’en avez pas assez, vous pourrez assister aux rencontres et master classes. Walter Hill, Vincent Lindon, Yvan Attal, Jacques Weber pour faire bonne mesure et prendre des leçons pour vos prochains méfaits. C’est une belle programmation pour amateurs du genre et les néophytes qui voudraient se lancer sur la piste du coupable. La belle revient pour de bon sur l’origine de son fric-frac, en live cette année et on l'espère pour longtemps.

 Patrick Van Langhenhoven