Genre : Ciné région
Salvation
Genre : Drame
Pays : Turquie
Durée : 2h
Réalisateur : Emin Alper
Acteurs : Caner Cindoruk, Berkay Ateş, Feyyaz Duman
Écoutez le chant de la tragédie prenant racine dans le cœur des hommes et du passé, poussé par le vent de la haine et de la superstition. C’est celle de deux villages, l'un perché sur les hauteurs et l’autre niché dans la vallée. Voilà que les habitants du bas, partis ailleurs, reviennent prendre possession de leur terre. Le cheik tente d’apaiser les animosités d’hier, les vieilles blessures, pour que la paix demeure et que demain porte d’autres couleurs que celle de la nuit.
C’est sur les vieilles cicatrices que poussent la rancœur et les larmes de la vengeance. Tout se concentre sur un seul homme qui devient l’âme de tous les reproches. Les anciens mots, les non-dits, les riens deviennent les tout de la colère. Ils portent en leur cœur la mort et la bataille à venir. Les mots s’incarnent dans la bouche d’un enfant, prophétie du chaos, pour quelques parcelles de terre. Dans le village, peu à peu, la braise devient feu et embrase bientôt tous les esprits. Il est impossible de revenir en arrière car les mécréants portent la flamme du diable, prenant racine dans les âmes restées pures.
« Nous devons le faire avant qu’ils ne le fassent ». Salvation.
Le cinéma d'Emin Alper explore presque différentes thématiques, la paranoïa, la difficulté de vivre ensemble, l’autre comme ennemi, le pouvoir, la rumeur. C’est le cas de Derrière les collines en 2013, Abluka Suspicion en 2016 et Burning Days en 2023. Il ne pouvait qu'être sensible à cette histoire vraie arrivée en 2009 dans le sud-est de la Turquie. Est-ce que le monde vire aux génocides, comme le dit le réalisateur ?
Partout sur la planète, on voit comment l’animosité envers les communautés minoritaires atteint un certain paroxysme. Plus que le choix du documentaire, c’est celui de la fiction qu’il prend pour jouer les entomologistes. Cela lui permet d’explorer comment deux villages finissent par se haïr autant. Il y a d’abord la terre, le bien essentiel avec l'élevage dans ces contrées. Les maîtres et les serviteurs, ceux qui possèdent les terres et ceux qui les travaillent. Les gens d’en bas s’en sont allés à la ville pour fuir les terroristes, menace sournoise parcourant le récit.
Quand tout est de nouveau au calme, ils reviennent prendre possession de leurs biens. Ceux d’en haut ont longtemps irrigué les terres devenues plus prospères, et s’en voient dépossédés. C’est sur ce terreau que se construit la folie qui peu à peu gagne ceux du haut. Elle est attisée à la fois par la religion, et le syncrétisme, la voie des prophètes, le crime de Caïn et Abel et les vieilles jalousies. Alors que le cheik responsable de la région tente d’apaiser cette petite voix qui monte, d'autres attendent leur heure pour agir.
C’est tout le système d’une rumeur, de non-dits qui peu à peu s’enflamment et portent l’enfer. Chaque passage d’une séquence à une autre se fait dans la salle de prières, le chant envoutant, à l’image des derviches tourneurs et de la transe. On s’accroche aux vieilles traditions, aux dictons pour semer la voix de la discorde. Peu à peu, la violence s’incarne dans un personnage qui mènera le groupe à l’impossible retour. Il puise sa reconnaissance entre rêves, paroles d’enfant somnambule et la paranoïa montante.
« C’est le sens de l’Histoire » Salvation.
La mise en scène joue entre l’ombre et la lumière, le village d’en haut est souvent vu de nuit avec quelques éclairages chassant les ombres. Le diable et le dieu semblent se battre pour envoûter les habitants pour l’un et les conduire à la lumière pour l’autre. Deux chemins s’interpellent, celui de la paix et l’autre de la violence. L’histoire s’inscrit aussi dans une spécificité propre à la Turquie, celle des gardiens, des villageois armés pour lutter contre le terrorisme.
Plus que les conséquences, ce sont les causes qui conduisent à cette montée de la violence qui sont intéressantes. Par exemple, pour le personnage de Mesut traversé par des rêves et cauchemars, qui représentent jalousie le conduisant au pire, le rêve est souvent le véhicule que choisit le divin pour porter le message au prophète. Certains des villageois utilisent ces rêves et autres superstitions pour faire monter la tension. Emin Alper, entre western, ambiance fantastique, et drame social construit un film au mécanisme universel et intemporel.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre original : Kurtuluş
Titre français : Salvation
Réalisateur : Emin Alper
Scénario : Emin Alper
Musique : Christiaan Verbeek
Société de distribution : Dulac (France)
Durée : 2h
Christiaan Verbeek Compositeur
Production
Nadir Öperli Producteur
Equipe technique
Ahmet Sesigürgil Directeur de la photographie
Barış Aygen Directeur de la photographie
Bilen Bilmen Directeur artistique
Ezgi Baltaş Directeur du casting
Gülşah Yüksel Costumier
Özcan Vardar Monteur
Kyriaki Melidou Chef coiffeur
Kyriaki Melidou Chef maquilleur
Dimitris Kanellopoulos Superviseur du design sonore
Dimitris Kanellopoulos Ingénieur du son
Kyriaki Melidou Producteur des effets visuels
Sociétés
Dulac Distribution Distribution
Lucky Number International Distribution Exports
Liman Film Production
Bir Film CoProduction
Meltem Films CoProduction
TS Productions CoProduction
Circe Films CoProduction
Kaap Holland Film CoProduction
Horsefly Productions CoProduction
Dates de sortie : 15 février 2026 (Festival du film de Berlin) 2 septembre 2026
Distribution
Naz Göktan joue Fatma
Feyyaz Duman : Ferit
Berkay Ateş : Yılmaz
Caner Cindoruk : Mesut
Özlem Taş : Gulsum
Eren Demir : Seyit
Selim Akgül: Muhammed
Hichi Demi : Pakize
Nazmi Karaman : Halil
Uğur Karabulut : Commandant