Cine-Region.fr
affiche OO7 Spectre Interviews

OO7 Spectre Interviews

___

Genre : Interview

L'Actu

Daniel Craig

« C’est une grande joie pour un acteur de travailler un tel personnage »

C’est votre quatrième James Bond mais pour la première fois, vous êtes coproducteur du film. Est-ce que cela a influencé la manière dont vous avez abordé votre personnage ?

Je suis une grande gueule et je parle beaucoup! Dès que j’ai pris le rôle de Bond, dans Casino Royale, j’ai mesuré la difficulté du rôle et j’ai indiqué aux producteurs combien il était complexe de jouer ce personnage. Je leur ai demandé de bien vouloir m’autoriser à m’impliquer dans la conduite du projet, pour donner mon avis, dire ce que j’avais en tête. Je pensais que je pouvais le faire et pour Spectre bond, ils ont généreusement accepté que j’en devienne coproducteur.

La difficulté à jouer James Bond que vous évoquez est-elle seulement physique ? Ou d’autres aspects du personnage sont-ils complexes ?

Jouer Bond représente un immense challenge sur le plan physique, bien plus dur que pour les autres films. Le tournage est très long, celui de « Spectre » a duré 8 mois, soit le double voire le triple des films normaux. En même temps, ce genre de rôle est rare et j’ai la chance de travailler avec des gens au talent incroyable. C’est donc une grande joie pour un acteur de travailler au quotidien un tel personnage et de savoir où on va, entouré de ces collaborateurs qui me portent. Je ne suis qu’une petite partie de l’équipe.

Sam Mendès s’est dit prêt à faire un troisième Bond, mais avec vous. Et vous, seriez-vous prêts à tourner avec lui après « Skyfall » et ce présent « Spectre » ?

Je ne sais pas pour Bond, c’est trop tôt, mais oui, je suis prêt à tourner un autre film demain matin avec Sam Mendès ! Le montage de Spectre n’a été achevé qu’il y a trois semaines, et quand on terminé un tel travail, on n’a plus envie de penser à Bond, mais à autre chose.

Que saviez-vous de Léa Seydoux avant de la rencontrer et comment s’est passé votre collaboration ?

Je suis un grand fan de Léa Seydoux parce que je l’ai vue jouer.  Nous avons eu la chance que son nom figure au casting. Quand vous faites un film, vous listez les acteurs avec lesquels vous aimeriez jouer, elle y figurait et nous avons eu la chance qu’elle dise oui au film.

« Skyfall » amenait Bond aux portes de l’enfer, « Spectre » l’y descend.  Vous voyez-vous comme un héros tragique, une sorte d’Orphée allant chercher son Eurydice ?

Ian Fleming, l’auteur de mon personnage, a tenté à plusieurs reprises de tuer James Bond. Et c’est vrai que « Skyfall » le descendait aux enfers, faisant disparaître tragiquement  la figure maternelle à laquelle il s’accrochait. Mais « spectre », au fond, est une célébration de James Bond, de ce qu’il est.  Oui, il y a de la noirceur en lui, mais également de la lumière, et de l’amour. Et à la fin, il s’en sort et échappe de l’enfer.

 Christoph Waltz

« Ce qui importe dans chaque nouvel épisode de James Bond, c’est l’histoire. »

On a tous un rapport privilégié à James Bond, et un film chouchou. Lequel préférez-vous ?

Vous avez-raison, nous avons une relation privilégiée avec ce personnage et cette histoire pleine d’archétypes. Mais quand vous êtes de l’autre côté, du côté du cinéma, que vous faites le film, c’est autre chose. Nous sommes bien sûr tous des spectateurs, et pour ma part, je pense qu’en dépit de ces icônes si archétypées, ce qui importe dans chaque nouvel épisode de James Bond, c’est l’histoire que le film raconte.

Sam Mendès s’est dit prêt à faire un troisième Bond, mais avec Daniel Craig. Et vous, seriez-vous prêts à tourner avec lui après « Spectre » ?

Je ne spécule jamais sur ce genre de choses pour éviter toute cruelle déception si cela ne se fait pas. Je ne peux pas me dire que ce serait super de tourner un autre James Bond avec Mendès, parce que si cela n’arrive pas, je serai très triste. Je suis heureux, là tout de suite, d’avoir été dans « Spectre » et d’en parler. Je suis acteur qui avance en prenant ce qui vient. Je vais passer à autre chose et on verra bien.

Il n’y a pas de James Bond sans méchants. Parlez-nous de votre méchant dans « Spectre » …

J’ai d’ordinaire un problème avec ce terme de méchant, mais pas dans ce cas, pas avec celui-là. Bien sûr, mon personnage est là-encore un archétype de méchant, mais je fais ce que j’ai à faire, comme pour mes autres rôles, c’est-à-dire rien de plus que de servir l’histoire et raconter ce qui lui est nécessaire, ce qui est juste au sein de cette histoire. La manière de le jouer suit très naturellement. Tout est affaire de scénario.

Monica Bellucci

« J’étais surprise : que fait une actrice comme moi, de 50 ans, dans un James Bond ? »

Vous voilà, enfin, dans un James Bond. Est-il exact que vous aviez été approchée pour jouer dans « Demain ne meurt jamais » ?

Je ne me rappelle pas le titre du film, mais il y a très longtemps, en effet, j’avais fait des essais, comme souvent, et je n’ai pas eu de rôle. Vingt ans plus tard, me voilà. D’une certaine façon, cela me semble plus intéressant, parce que j’apporte une nouveauté à cette institution. J’étais surprise : que fait une actrice comme moi, de 50 ans, dans un James Bond ? Sam Mendès m’a répondu qu’il cherchait une femme mûre. Il avait envie d’une femme adulte à côté de Bond, comme on n’en avait jamais vue.

Quelles sont les qualités de ce personnage ?

Lucia est une veuve avec des secrets, dont on a besoin de sentir la solitude. Même si elle n’a plus la beauté de la jeunesse, elle a une féminité encore vivante et cette féminité lui sauve la vie. Même si c’est un rôle court, c’est un rôle clé parce qu’elle donne des informations à Bond pour mener à bien sa mission. J’avais peu de temps pour mon personnage et sur ce court temps, je devais lui donner plein de palettes. Je ne les ai pas inventées, tout était déjà écrit.

Cette veuve en deuil est-elle un spectre du passé ?

Oui, c’est une femme qui représente le passé, elle vit dans un monde où les hommes ont le pouvoir, alors que Madeleine, jouée par Léa Seydoux, incarne le futur, une femme en action qui va sauver James Bond. Lucia, mon personnage, vient d’un pacte à l’ancienne : elle donne des informations, elle a la vie sauve, elle fait l’amour !

Comment avez-vous construit votre personnage ?

Je l’ai construit à partir du scénario et de ma rencontre avec Sam Mendès, qui m’a dit ce qu’il voulait faire de mon personnage. Ce qu’il y avait dans le scénario se retrouve à l’écran car c’est un réalisateur très précis.  Avec lui James Bond devient un film d’auteur. Bien sûr il y a beaucoup d’action et de divertissement, mais les personnages sont très définis et James Bond est très moderne, avec son mal de vivre, ses doutes. Il se cherche et il est très proche de nous. Il tombe dans la vérité de la vie. Il n’est plus formaté comme l’était Sean Connery, homme très sûr de lui, qui sait où il va et marche très droit.

Les deux James Bond Girls de « Spectre » sont des personnages positifs. Mais où sont passées les méchantes ?

Mais c’est bien d’avoir une évolution dans la tradition. Cela dit, on a souvent critiqué le fait que les James Bond Girls étaient des femmes-objets, alors que toutes les actrices rêvent d’en être une ! Cette féminité très forte en fait un rôle iconique. Alors que la James Bond girl soit méchante ou gentille, elle a toujours quelque chose de magique.

Léa Seydoux

« Daniel Craig est un des meilleurs James Bond avec Sean Connery »

Comment êtes-vous devenue la nouvelle James Bond Girl française ?

Cela a été un long processus. J’ai passé un casting, que je n’ai pas vraiment réussi, car j’avais bu une petite bière avant pour me détendre et cela a eu pour effet que j’ai oublié mon texte. J’ai demandé à le refaire, puis j’ai rencontré Sam Mendès à Londres. Le scénario était confidentiel, secret, je ne pouvais pas le lire. Après, j’ai dû attendre assez longtemps pour savoir et pour dire que j’avais le rôle.

On parle de James Bond Girl, mais votre personnage en est-il vraiment une ?

C’est vrai qu’avec l’image de La Vie d’Adèle, on n’imagine pas vraiment que moi, la fille aux cheveux bleus, puisse être la nouvelle James Bond Girl.   Mais c’est vrai qu’elle est différente, plus moderne, éloignée de la figure classique, plus du tout femme-objet. Ici, c’est un vrai personnage romanesque, Madeleine Swan. Elle a un trajet émotionnel qui va devoir affronter son passé, tout comme James Bond. C’est le thème principal du film.

Avez-vous parlé avec les précédentes actrices françaises qui avaient joué dans les Bond ?

Je n’ai pas parlé avec Sophie Marceau, mais avec Carole Bouquet. Elle m’a raconté qu’à son époque, son personnage n’était pas aussi intéressant qu’aujourd’hui.  J’avais un peu le trac, pour mes scènes d’amour. C’est un peu le trac de la petite fille, mais c’était très agréable à tourner. Les scènes d’action étaient plus amusantes, car c’est une chorégraphie bien huilée, mais les cascades font toujours peur.

Quel acteur est Daniel Craig ?

Il est un génial ! J’ai adoré travailler avec lui. C’est un acteur qui fait des propositions de jeu et est très libre et très à l’aise dans son personnage. C’est un des meilleurs James Bond avec Sean Connery. Il a apporté à Bond une grande humanité.

Pensez-vous que Madeleine Swan pourrait revenir dans un épisode suivant ?

Je n’ai pas eu d’offre en ce sens, mais si on me le propose, je le referai avec plaisir.