Le Mage du Kremlin
Genre : Historique
Pays : France
Durée : 2h25
Réalisateur : Olivier Assayas
Acteurs : Paul Dano, Jude Law, Alicia Vikander
« Il faut donc qu'un prince qui veut se maintenir apprenne à ne pas être toujours bon, et en user bien ou mal, selon la nécessité… » Machiavel.
Cette histoire commence à la chute du mur de Berlin. La vieille Russie craquelle sous la force d’un ouragan qu’elle n’a pas vu venir. Dans ce fracas, des hommes tentent de construire une nouvelle démocratie. Le jeune Baranov tente de trouver son chemin sans renier le passé de son père. Dans ce territoire particulier, chacun essaye de trouver sa place, entre argent et idéologie. Vadim Baranov, homme de théâtre, choisit la voie de l’art et du théâtre, de la communication. Il se retrouve très vite engagé par Boris Berezovsky à la tête de la télévision d’Etat. C’est le temps des oligarques qui s’enrichissent grâce aux privatisations de Boris Eltsine et des trafics peu recommandables.
C’est celui d’une certaine liberté artistique que fréquente Vadim Baranov. Boris Berezovsky et Vadim Baranov doivent trouver un remplaçant à Boris Eltsine, rongé par l’alcool et la maladie. Ils pensent trouver en Vladimir Poutine, chef du FSB, un candidat idéal pour continuer leur ascension sans risque. Vadim comprend rapidement que le nouveau maître de la Russie ne se laissera pas manipuler. Il devient le conseiller de l’ombre de Vladimir Poutine, malgré des idées opposées. Le président souhaite restaurer un régime dur, et son maître-mot est la guerre. Le temps des oligarques est compté et celui des enfants de Staline et de la dictature venu. Contrairement à son ami Boris Berezovsky, Vadim Baranov comprend qu’il est temps de se retirer du chant du monde pour retourner dans l’ombre. C’est ce qu’il confie à un journaliste, sentant sans doute que le maître du Kremlin décide du mot fin.
« Mais l’intelligence ne protège de rien, même pas de la stupidité » Baranov.
Olivier Assayas nous propose un film dans l’esprit de Carlos, Cuban Network, des sujets plus politiques. C’est un regard sur les trente dernières années de la Russie qui ont vu la montée de Poutine. Il adapte le roman homonyme de Giuliano da Empoli, de façon assez fidèle. À travers Vadim Baranov, le personnage imaginaire en partie inspiré de Vladislav Sourkov, créateur du parti Russie Unie, menant Poutine au pouvoir en 2001. Il est aussi le théoricien des concepts de « démocratie souveraine » et « verticale du pouvoir ».
Vadim Baranov est le fil conducteur de cette histoire. Il est à la fois le narrateur, à travers le récit qu’il confie à un journaliste américain, et acteur dans ce jeu de pouvoir. Le mage du Kremlin est un film difficile à adapter et à financer. L’histoire parcourt une longue période, riche en événements, des années 90 à l’invasion de la Crimée. Le roman, comme le film, s’inscrit dans l’esprit des moralistes et mémorialistes français du XVIIe siècle. Entre philosophie et témoignage d’une époque contemporaine, il dévoile les rouages de l’Etat.
« Le prince fait la guerre pour accéder au pouvoir et il fait la guerre pour s'y maintenir. » Machiavel.
Paul Dano interprète un Vadim Baranov plus observateur, énigmatique, peut-être un rien naïf. Il croit encore à une certaine forme d’idéologie. Il montre deux visions du monde différentes entre le mage du Kremlin et son maître. Pour Vadim, la parole est plus importante associée à l’image, d’où le recours sans doute d’Olivier Assayas à des images d’archives pour marquer chaque passage. Baranov est plus dans une politique horizontale, alors que Poutine se place dans l'idée verticale d’un pouvoir totalitaire. Leur premier tête-à-tête marque à la fois la complicité des deux, mais aussi leurs différences.
Baranov est un homme du langage, du discours, de la réflexion. Poutine se révèle plus celui de la force. C’est sans doute ce qui poussera le mage du Kremlin à partir, sentant que son heure est finie. Jude Law joue sur le caractère mutique, pervers, violent du personnage plus que sur sa ressemblance à Poutine. Le mage du Kremlin est un regard sur l’histoire d’un pays qui a brisé ses chaînes pour y revenir. C’est aussi une réflexion sur le pouvoir et ses conséquences. C’est une analyse sur l’arrivée d’un nouveau totalitarisme, prônant la violence, le retour au passé. C’est une vision assez juste de ce qui donne naissance à notre monde contemporain. Même si un film n’a jamais changé le monde, il peut inviter le spectateur à réfléchir sur son époque.
Patrick Van Langhenhoven
Fiche technique
Titre original : Le Mage du Kremlin
Titre anglophone : The Wizard of the Kremlin
Titre russophone : Кремлёвский волшебник, Kremliovski volchebnik
Réalisation : Olivier Assayas
Scénario : Olivier Assayas et Emmanuel Carrère, d'après le roman Le Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli
Musique :
Décors : François-Renaud Labarthe
Costumes : Jürgen Doering
Photographie : Yorick Le Saux
Son : Nicolas Cantin, Olivier Goinard, Gwennolé Le Borgne, Sarah Lelu et Nicolas Moreau
Montage : Marion Monnier
Production : Olivier Delbosc
Coproduction : Sidonie Dumas
Sociétés de production : Curiosa Films, en coproduction avec France 2 Cinéma et Gaumont
Société de distribution : Gaumont
Pays de production : Drapeau de la France France
Langues originales : anglais, russe
Format : couleur
Genre : drame, politique, thriller
Durée : 156 minutes
Dates de sortie : 21 janvier 2026
Distribution
Paul Dano : Vadim Baranov
Jude Law : Vladimir Poutine
Alicia Vikander : Ksenia
Tom Sturridge : Dmitry Sidorov
Jeffrey Wright : Rowland
Andris Keišs (en) : Evgueni Prigojine
Will Keen : Boris Berezovsky