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affiche La Venus électrique

La Venus électrique

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Genre : Festival Cinéma

L'Actu

La Venus électrique
Genre : Comédie
Pays : France  
Durée : 2h02
Réalisateur : Pierre Salvadori
Acteurs :  Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche


C’est l’époque des cracheurs de feu, des briseurs de chaines, des attractions sensationnelles et sensorielles. Suzanne semble condamnée à jouer la fée électrique dans cette foire de bric et de broc, dans les faubourgs de la capitale, à Saint-Ouen. C’est l’époque des destins fracassés entre deux guerres, et quelques illusions, dans un monde qui se rêve autrement. Un soir pas comme un autre, elle joue les voyantes pour quelques deniers. Ça tombe bien. Antoine, bourré comme une éponge, en quête d’une bien-aimée partie trop tôt, y trouve son compte. À tel point qu’il revient s’abreuver à cette drogue qui ramène, pour un instant seulement, d’entre les morts, sa belle.

Suzanne se joue d’Antoine pour une manne qui lui permet de rêver autre chose que le choc électrique et les baisers des bougres amoureux d’un coup de foudre. Armand, le galeriste, voit la chose d’un mauvais œil avant d’y trouver lui aussi son compte. Le voilà complice d’une supercherie qui ranime le talent d’Antoine. Qu’importe le prix, il en vaut la chandelle. Cette comédie amoureuse, burlesque, pourrait s’éterniser si le destin ne venait troubler ce mensonge. Suzanne et Antoine découvrent un autre sentiment que celui d’aimer une morte, pourquoi pas une vivante ? Cela n’arrange pas les affaires de tout le monde, et si en plus la vérité pointe le bout de son nez...
 


« Ici, ni magie, ni illusion, point de monstres ni de colosses ! Ici, juste de l’émotion, juste des sensations. »

Depuis ses débuts, Pierre Salvadori aime les mythomanes, les illusionnistes, les menteurs au grand cœur, les arnaqueurs de la vie. Ils parcourent ses films comme une obsession, souvent sur le ton de la comédie dans la grande foire existentielle, teintés de la difficulté de trouver leur place dans un monde où les gens sérieux n’épargnent personne. Cette comédie burlesque, amoureuse, ressemble à cette foire aux attractions de mon enfance. Elle se joue de la réalité et de la vérité. Elle se joue d’un jeu parfois excessif, mais jamais des cœurs qui s’aiment.

 Le décor ressemble à ces spectacles à deux sous faits de beaucoup d’ingéniosité pour faire rêver le passant. Derrière le clinquant, les lumières, les apparences se cache un univers beaucoup moins magique, plus arnaqueur. Il est composé d’illusionnistes de tout bord qui vous font croire que les morts vous parlent. « Ils vous vendraient le bon dieu sans confession » aurait dit mon père camelot. Le film s’ouvre sur cette jeune femme, Suzanne, qui accepte de subir les éclairs électriques pour un coup de foudre. Le petit bonheur aux passants, pour qu’elle en ait vendu son âme pour quelques sous, dirait le poète.

Le spectateur apprendra que la réalité est bien plus sombre. Dans ce décor de pacotille, l’amour n’a pas sa place, encore moins la dévotion. Suzanne saisit l’occasion d’arnaquer un amoureux en quête de sa bien-aimée en lui faisant croire qu’elle parle par sa bouche du pays des limbes. L’autre, trop aviné, ne se doute point de la supercherie. Avec le temps, peut-être que s’installe une complicité du mensonge.

 Autour de ce petit couple que vise Cupidon, gravitent un galeriste, tiraillé entre l’argent et l’amitié et un patron d’attraction vénal. Nous retrouvons la galerie des personnages hantant le cinéma de Pierre Salvadori, ces hommes et ces femmes au grand cœur confrontés aux opportunistes de tout genre, aux gens qui comptent. L’idée part du film Planétarium où il interprétait un réalisateur. Pour l’aider, Rébecca, la réalisatrice lui résume en quelques mots le film qu’il était censé réaliser. « Une fausse voyante fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte. Ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale. »

Salvadori déclare : « J’avais adoré cette idée. C’est drôle, dix ans plus tard j’ai écrit et réalisé le film que mon personnage tournait dans celui de Rebecca. »  La mise en scène se veut légère comme un fantôme qui regarderait tout cela de loin.  Le cadre est souvent resserré sur les attractions et les personnages, accentuant cette idée de toucher l’esprit dans un paysage illusoire. Le décor est secondaire. Ce qui compte plus, c’est ce qui se joue entre les personnages, dans un monde coloré, à l’image des tableaux et du paysage extérieur.

D’ailleurs, nous sommes presque dans un huis clos entre la roulotte, l’estrade de l’attraction et un bout de rivière qui coule comme le Styx. Pierre Salvatori aborde de nombreux thèmes qui s’imposent d’eux-mêmes, l’amour, la place de la femme, l’art et l’argent, l’individualisme, la place des morts, et une certaine insouciance de l’époque, les apparences trompeuses à l’image de la muse. Nous sommes dans un univers empruntant aussi bien au théâtre, au cinéma qu’à cet esprit coloré des foires d’antan, en quête de plus de sensations et d’émotions. Il pourrait apparaitre pour certains désuet, appartenir à hier, mais il nous parle, n’en doutons pas, d’aujourd'hui où les bonimenteurs sont rois.                  

Patrick Van Langhenhoven


 

Fiche technique

Titre original : La Vénus électrique
    Réalisation : Pierre Salvadori
    Scénario : Robin Campillo, Benjamin Charbit, Benoît Graffin, Pierre Salvadori et Rebecca Zlotowski
    Musique : Camille Bazbaz
    Photographie : Julien Poupard
    Costumes : Virginie Montel
    Montage : Anne-Sophie Bion
    Production : Philippe Martin et David Thion
    Coproduction : Jacques-Henri Bronckart et Tatjana Kozar
    Sociétés de production : Les Films Pelléas et Versus Production
    Distribution : Diaphana Distribution (France), O'Brother Distribution (Belgique)
    Pays de production :  France
    Langue originale : français
    Format : couleur
    Genre : comédie romantique
    Durée : 122 minutes
    Date de sortie : 12 mai 2026 (festival de Cannes et sortie nationale)

Distribution

    Anaïs Demoustier : Suzanne
    Gilles Lellouche : Armand
    Pio Marmaï : Antoine
    Vimala Pons : Irène
    Gustave Kervern : Titus
    Madeleine Baudot : Camille
    Bastien Coudert : l’ami d’Irène
    Romane Kleindienst, Gaëtan Bodet, Alexandre Lejuez, Justin Chassel, Margaux Van Kommer, Patxi    Lafitte, Alexandre Chapelard, Pierre Rigaudy, Thibault Maillard : les amis peintres d’Irène
    Patrice Tepasso : le jeune homme amoureux
    Fanny Carbonnel : témoin baiser électrique
    Romain Lefebvre : Jean le machiniste
    Toma Robinot : le client au vernissage
    Edwin Gillet : une personne à la foire
    Jean-Michel Balthazar : le forain aux siamoises