Anora
Genre : Drame
Pays : USA
Durée : 2h19
Réalisateur : Sean Baker
Acteurs : Mikey Madison, Mark Eydelshteyn, Yura Borisov
Anora vit dans un quartier russe de Brooklyn. Elle rêve d’une autre vie que celle de strip-teaseuse dans un clandé minable de la Grande Pomme. Vanya Zakharov, un jeune fils d’oligarque, se pointe un soir pour faire la fête. Anora est tout indiquée pour s’occuper de ce client qui ne compte pas. Elle comprend vite que sa vie pourrait bien changer si elle se débrouille bien. Elle finit d’ailleurs par charmer Vanya qui ne voit plus la vie sans elle. C’est dans un tourbillon de soirées débridées que ce couple se retrouve et s’harmonise.
Un soir de beuverie de plus, les voilà partis à Las Vegas pour un mariage rapide. Anora est désormais assurée que la vie est belle, comme dans un film de Capra. Ailleurs, en Russie, les parents du gamin ne sont pas de cet avis et envoient une équipe chargée de le ramener dans le rang. Ce conte moderne de Cendrillon se transforme en une course poursuite improbable pour échapper à la poigne d’une équipe de bras cassés, loin des mafieux russes de James Gray. Le conte de Cendrillon risque de finir en un tas de cendres dans un coin perdu de la ville. Dans ce chaos, il existe peut-être une porte de sortie qui pourrait bien satisfaire tout le monde. Il suffit juste de la pousser.
Cette 77e édition du Festival de Cannes déjoue les pronostics des journalistes en récompensant un film loin du crédo habituel. Il ouvre une nouvelle ère qui fera taire les mauvaises langues pensant qu’il existe un format Palme d’Or. C’est le septième film de Sean Baker qui nous embarque dans un nouveau voyage dans l’univers du sexe, des paumés, des marginaux, loin du rêve imaginé de l’Amérique. C’est un film chaotique, marque de fabrique de son réalisateur, avec l’humour pour cacher une interrogation profonde sur l’Amérique des oubliés.
Nous l’avons découvert à Deauville en 2015 avec Tangerine, Prix du Jury. C’était déjà une histoire de sexe dans les néons de l’Amérique des pas perdus. C’était déjà un cinéma décalé qui n’hésitait pas à prendre les chemins de traverse. Anora, conte moderne de Cendrillon, porte cet univers baroque sur des territoires inconnus, loin de Pretty Woman. Il revient à l'origine du conte bien plus trash. Ce réalisateur farceur mélange les genres avec aisance, commençant par le conte burlesque pour finir dans une forme de thriller en passant par le road movie.
Dans la première partie, il confronte les élites mondiales à une faune marginale en quête du rêve américain pour échapper à leur condition précaire. Les deux univers différents se réunissent dans cette Amérique de tous les possibles. On se retrouve, au cœur d’une fête d’enfants immatures où se joue une romance des cœurs, quand l’argent coule à flots. Le film prend la forme d’un tourbillon de couleurs, de lumières et de sensations ancrées dans une nuit aux néons crépitants.
Le feu d’artifice s’achève à Las Vegas, paradis des mariages rapides. Dans un second temps, le réveil a un goût amer avec les parents plus responsables. Sean Baker nous emporte alors dans une course poursuite de mauvais gamins échappant à l'ordre moral de ces derniers. Le tout dans un humour où pointe l’ironie et la décadence, ainsi qu'une réflexion sur le pouvoir et ces élites à l’argent facile. Les hommes de main ressemblent plus à des bras cassés qu’à des mafieux échappés d’un film de Scorsese. C’est une course poursuite chaotique avec de nombreux rebondissements surprenants.
Les couleurs virent au gris et la ville à la nuit sombre quand la mort rôde dans l’ombre. Il s’agit de retrouver le fils maudit se réveillant avec une sacrée gueule de bois. Il cherche à échapper à la confrontation avec sa famille, en route pour le ramener dans le droit chemin. La fin s’achève sous la forme du thriller et d’une dernière confrontation, quand Anora voit son rêve lui échapper et son ancienne vie pointer le bout de son nez.
Une fois de plus, comme souvent dans la filmographie de Sean Baker, les marginaux regardent le chemin de l’espérance disparaître à l’horizon. Anora subit de nombreuses humiliations, méprisée par une classe dont elle est l'objet des folies. Elle sait rester digne jusqu'au bout, jouant de son innocence, rusée, pour tenter d’échapper à une fin écrite dès le début. Mikey Madison, découverte chez un autre trublion, Quentin Tarentino, dans Once Upon a Time… in Hollywood, est remarquable dans un rôle marquant.
Patrick Van Langhenhoven
DVD
Distributeur : Le Pacte
Vidéo : 1080p AVC 16/9 - 2.39:1
Son : DTS anglais, Français 5.1
Sous titres : Français
Bonus :
Entretien avec Sean Baker et Samantha Quan
Discussion autour de la scène d’introduction et la scène finale
La collaboration entre Sean Baker et Mikey Madison
Fiche technique
Titre original : Anora
Réalisation et scénario : Sean Baker
Musique : Matthew Hearon-Smith
Direction artistique : Ryan Scott Fitzgerald
Décors : Stephen Phelps
Costumes : Jocelyn Pierce
Photographie : Drew Daniels
Montage : Sean Baker
Casting : Sean Baker
Production : Sean Baker, Alex Coco et Samantha Quan
Production déléguée : Ken Meyer
Sociétés de production : Cre Film et FilmNation Entertainment
Sociétés de distribution : Neon (États-Unis) ; Le Pacte (France)
Pays de production : Drapeau des États-Unis États-Unis
Langues originales : anglais et russe
Format : couleur - 35mm - 2,35:1
Genre : comédie dramatique
Durée : 138 minutes
Dates de sortie : 21 mai 2024 (Festival de Cannes)30 octobre 2024
Certification :interdit aux moins de 12 ans
Distribution
Mikey Madison (VF : Juliette Allain ; VQ : Geneviève Bédard) : Anora « Ani » Mikheeva
Mark Eidelstein (VF : Vladislav Botnaru ; VQ : Philippe Vanasse-Paquet) : Ivan « Vanya » Zakharov
Iouri Borissov (VF : Yuriy Zavalnyouk ; VQ : Alexis Lefebvre) : Igor
Karren Karagulian (VF : Serge Avédikian ; VQ : Frédéric Desager) : Toros
Vache Tovmasyan (VF : Hovnatan Avédikian ; VQ : Adrien Bletton) : Garnyck
Ivy Wolk (en) (VF : Louise Orry-Diquéro ; VQ : Romane Denis) : Crystal
Luna Sofía Miranda : Lulu
Alena Gourevitch : Clara
Alexeï Serebriakov : Nikolaï Zakharov
Daria Ekamassova (ru) (VF : Dinara Droukarova ; VQ : Viviane Pacal) : Galina Zakharov
Lindsey Normington (en) (VF : Léna Tournier ; VQ : Catherine Brunet) : Diamond
Paul Weissman : Nick
Vincent Radwinsky (VF : Guillaume Pottier) : Jimmy
Anton Bitter : Tom