1978, une équipe de journalistes se rend au Cambodge devenue le Kampuchéa démocratique, sous le joug de Pol Pot et ses Khmers rouges. Le pays se relève difficilement, humainement et économiquement exsangue. C’est deux millions de morts cambodgiens lors d’un génocide encore tu. Trois Français acceptent l’invitation du régime pour une découverte du nouveau pays promis par Pol Pot. Lise Delbo connaît bien le territoire et a une petite idée derrière la tête. Paul Thomas, photographe, espère que le poids de l’image rendra compte de la réalité tue. Enfin, Alain Carillou, sympathisant, intellectuel ayant connu Pol Pot est enthousiaste sur la découverte de ce projet de société communiste. Ils ignorent que la réalité qu’ils vont découvrir est bien loin d’un rêve d’un monde meilleur. Trois paroles se confrontent, celle des deux journalistes dans leur volonté de témoigner de la vérité qu’ils découvrent et celle d’un militant porté par une utopie marxiste. Enfin, celle des Khmers rouges, loin de l’image utopique qu’ils livrent au monde. Les trois paroles se retrouvent à la fin confrontées à celle de Pol Pot.
Rithy Panh choisit une forme particulière pour continuer à témoigner de la parole étouffée des oubliés et des autres. Le film se base sur le livre de la reporter de guerre Elizabeth Becker, When The War Was Over : Cambodia and the Khmer Rouge Revolution. Comme le dit Rithy Panh : « Elizabeth Becker est une des rares femmes journalistes à avoir couvert la guerre au Viêtnam et au Cambodge au début des années 1970. » C’est toujours une volonté de témoigner sous des formes différentes pour éviter l’oubli. Rithy Panh choisit trois formes de cinéma. D’abord des maquettes, comme à son habitude, reprenant une partie de l’histoire des journalistes. Nous voyons ces derniers les regarder plusieurs fois, analysant ce qui leur arrive à travers elles. C’est assez symbolique de ce que l’on montre et dissimule. La deuxième forme est celle de la fiction dans laquelle chacun porte un regard différent sur les évènements, donnant ainsi la parole au pour et contre.
Enfin, le documentaire avec des extraits de l’époque, creusant le fossé du discours mensonge des autorités face à ce que le monde découvrira plus tard. Pour Rithy Panh : « Hier comme aujourd’hui. Même s’il est centré sur un passé khmer rouge révolu, le film évoque également l’actualité d’idéologies radicales qui excluent, qui renferment et qui refusent la confrontation des idées. Il évoque cette résurgence des utopies qui prétendent penser et agir pour le bien de tous mais qui glissent vers une quête de pureté, une quête qui dévoie la révolution humaniste. » On ne pourrait dire mieux sur ce que le film nous raconte à travers les évènements qu’il déploie. On pensait que suite à la Shoah, le mot génocide, inventé à cette occasion, n’existerait plus. Il nous faut constater encore aujourd’hui que l’histoire a bien plus des airs d’un éternel recommencement que d’une leçon qui nous permet d’avancer.
Nous allons suivre les deux journalistes et le sympathisant dans la découverte d’une image idyllique qu’on leur propose. Très vite, les deux journalistes tentent, à leurs risques et périls, de faire le jour sur la vérité cachée. La force de Rithy Panh est de ne jamais trahir la vérité au profit du mensonge. Le sympathisant, pendant longtemps, sans doute pour ne pas voir son idéologie pervertie, essaye de trouver des excuses. Pour le réalisateur, Rendez-vous avec Pol Pot fait écho à l’actualité et rappelle combien l’absence d’informations, la désinformation ou la manipulation de l’information, qui sont des stratégies pour certains gouvernements, constituent un danger, un étau dans lequel nous sommes pris. Hier comme aujourd’hui, ce que montre le film, c’est l’application d’une idéologie à la base sincère, pervertie par les hommes. La tyrannie prenant souvent le pas sur celle-ci. Il fait furieusement écho à notre actualité à travers le monde et à la montée des idées radicales.
Patrick Van Langhenhoven
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Titre original : Rendez-vous avec Pol Pot
Réalisation : Rithy Panh
Scénario : Rithy Panh et Pierre Erwan Guillaume, d'après Les larmes du Cambodge : l'histoire d'un autogénocide d'Elizabeth Becker
Musique : Marc Marder
Costumes : Ariane Viallet
Photographie : Prum Mesa et Aymerick Pilarski
Son : Éric Tisserand et Nicolas Volte
Montage : Rithy Panh
Production : Catherine Dussart, Roger Huang, Justine O., Rithy Panh, Fatma Hassan Alremaihi, Hanaa Issa, Mehmet Zahid Sobaci, Muhammed Ziyad Varol, Mirsad Purivatra, Jovan Marjanovic et Georges-Marc Benamou
Sociétés de production : CDP et Anupheap Production
Société de distribution : Dulac Distribution
Pays de production : France, Cambodge, Qatar, Taïwan et Turquie
Langue originale : français et khmer
Genre : Drame historique
Durée : 112 minutes
Dates de sortie : 16 mai 2024 (Festival de Cannes) 5 juin 2024 (en salles)
Distribution
Irène Jacob : Lise Delbo
Grégoire Colin : Alain Carillou
Cyril Gueï : Paul Thomas
Bunhok Lim
Somaline Mao
Distinctions - Sélection Festival de Cannes 2024 : section Cannes Première