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affiche Illusions Perdues

Illusions Perdues

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Un film de Xavier Giannoli ,
Avec Benjamin Voisin, Cécile de France, Vincent Lacoste ,

Genre : Drame psychologique
Durée : 2h30
France

En Bref

Un jeune poète débarque de sa province natale pour conquérir la capitale. Amoureux de Marie-Louise-Anaïs de Bargeton, il la rejoint pour vivre d’amour et de poésie. Le jeune Lucien Chardon emprunte le nom de sa mère, espérant en acquérir le titre de noblesse. Il devient Lucien de Rubempré, plus commode pour faire son trou dans le beau monde. Il se noie dans les salons parisiens, devenant bientôt la risée de la haute société. Il est bien décidé à prendre sa revanche et trouver sa place au cœur de la Ville lumière. Le destin, petit farceur malicieux, croise la route du jeune homme et d’un journaliste en vogue, Étienne Lousteau. Lucien plonge dans le monde de la presse et grâce à sa plume virulente et acérée, il ne tarde pas à grimper les échelons. Les deux hommes deviennent la terreur de tous les spectacles et autre écrits qu’ils vilipendent ou encensent suivant le prix. Ici tout se vend, tout s’achète, des applaudissements aux huées, quel que soit le talent de l’artiste. Lucien de Rubempré s’éprend d’une jeune actrice pour lui faire oublier son amour perdu. Il atteint le sommet grâce à sa plume vengeresse, couchant les mots maudits pour les vendre au plus offrant. Il rêve toujours de poésie et de vraie littérature, mais son pacte avec le diable l’éloigne de son rêve. Raoul Nathan, jeune écrivain en vogue, a beau l’avertir, la chute n’en sera que plus rude. 


Balzac l’appelait « l'oeuvre capitale dans l'oeuvre ».

Il considérait Illusions perdues comme une version réduite de sa Comédie humaine. Il dédicace l’ouvrage au grand Victor Hugo. On y retrouve la galerie de personnages qu’il reprendra dans celle-ci. Le roman se divise en plusieurs parties, réunies en 1843 en un seul volume. L’action se situe sous la Restauration, avec la naissance des journaux qui, grâce à une révolution technique, s’adresseront bientôt à tous les Français. A l’époque, une certaine presse sans âme se vend au plus offrant sans aucun scrupule. D’ailleurs, tout se vend, des applaudissements aux sifflets, chaque directeur de spectacle achète la gloire pour éviter le pire. Cette époque est en certains points le reflet, l’écho de la nôtre. C’est sans doute ce qui intéresse Xavier Giannoli dans cette magnifique adaptation. Balzac est un visionnaire. Il pressent le libéralisme du monde moderne, la commercialisation de l’opinion, la marchandisation du monde, comme le dit si bien Xavier Giannoli dans une interview à France Inter.

Il concentre son récit sur la figure emblématique du jeune poète plein d’illusions. Il décrit un monde de convenances, de règles anciennes issues de la monarchie de Cour. La restauration est une tentative de ramener la monarchie en oubliant la Révolution et l’Empire. Elle se clôt par les Trois Glorieuses des 27, 28 et 29 juillet 1830. C’est un monde de salons des bien-pensants, quand l’apparence joue de ses atouts. On veut plaire, être à la mode, dans le vent et qu’importe la misère des courtisans. C’est ce que montre le début du récit, cette valse d’un monde encore accroché à l’ancienne noblesse.

Qu’importe le vin pourvu que l’on atteigne l’ivresse. Le jeune Chardon devenu Rubempré finira par se brûler les ailes à force de croire tout ce qu’on lui dit. Il crée sa propre chute et finit par se venger comme le Comte de Monte-Cristo. Dans ce monde sans scrupule, une petite voix rappelle au jeune poète le sens de la littérature. Écrire vrai, sortir de ses tripes les mots sans se prostituer comme il le fait. Lucien espère encore que cette arme terrible lui permettra de publier plus qu’un recueil de poésie. Xavier Giannoli désirait depuis longtemps adapter Illusions perdues de Balzac. Il retrouve les thèmes qui le passionnent, la cruauté des hommes, des personnages perdus en quête de vérité, de rédemption.

Dans ce décor évolue une galerie de femmes et d’hommes noyés dans le jeu des conventions et des apparences. Lucien de Rubempré est magnifiquement joué par Benjamin Voisin, de l’innocence, la mélancolie jusqu’au cynisme créant sa perte. Raoul Nathan est peut-être le personnage le plus proche de Balzac. Nous le retrouvons dans d’autres romans. Il est joué par Xavier Dolan, parfait, comme Vincent Lacoste, Depardieu, Cécile de France, etc. Balzac se venge-t-il de la presse et de l’esprit de capitalisation comme le dit le philosophe marxiste Georg Lukacs : « L’épopée tragi-comique de la capitalisation de l’esprit » la « transformation en marchandise de la littérature et avec elle, de toute idéologie ».

Le Corsaire à l’époque titre: « Ce livre, dans lequel on n’entre que comme dans un égout, ce livre tout plein de descriptions fétides, ce livre dégoûtant et cynique, est tout simplement une vengeance de M. de Balzac contre la presse. » Il marque le lien entre sa première partie en province et la capitale dans la seconde. Une voix off reprend en partie le texte de Balzac pour renforcer le récit. L’époque est remarquablement reconstituée. C’est l’histoire d’une chute, celle de Lucien, ingénu accroché à trop de promesses, mais aussi celle de la presse et de la critique qui trouvera ses lettres de noblesse au vingtième siècle avant de nouveau se perdre. Xavier Giannoli en tire l’essentiel sans jamais trahir Balzac, nous rappelant qu’hier ressemble parfois à aujourd’hui. On attend avec espérance la suite des aventures du pauvre Rubempré dans un autre roman de Balzac Splendeurs et misères des courtisanes.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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Titre original : Illusions perdues

    Titre de travail : Comédie humaine

    Réalisation : Xavier Giannoli

    Scénario : Jacques Fieschi et Xavier Giannoli, d'après le roman Illusions perdues d'Honoré de Balzac

    Direction artistique : Bruno Via

    Décors : Riton Dupire-Clément

    Costumes : Pierre-Jean Larroque

    Photographie : Christophe Beaucarne

    Montage : Cyril Nakache

    Production : Olivier Delbosc et Sidonie Dumas

    Sociétés de production : Curiosa Films et Gaumont

    Société de distribution : Gaumont

    Budget : 19 millions d’euros

    Pays de production : Drapeau de la France France

    Langue originale : français

    Format : couleur

    Genre : drame

    Durée : 149 minutes

    Dates de sortie : 7 septembre 2021 (Mostra de Venise)  20 octobre 2021

Distribution

     Benjamin Voisin : Lucien de Rubempré

    Cécile de France : Marie-Louise-Anaïs de Bargeton

    Vincent Lacoste : Étienne Lousteau

    Xavier Dolan : Raoul Nathan

    Salomé Dewaels : Coralie

    Jeanne Balibar : Marquise d'Espard

    Gérard Depardieu : Dauriat

    André Marcon : Baron du Châtelet

    Louis-Do de Lencquesaing : Finot

    Jean-François Stévenin : Singali

    Jean-Paul Muel : Monsieur de Bargeton

    Jean-Marie Frin : Camusot

    Isabelle de Hertogh : Bérénice

    Armand Éloi : Le contrôleur opéra

    Jean-Paul Bordes : Le directeur du Réveil

    Julien Sibre : Le portier contrôleur Bas Rouge