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affiche Un homme pressé

Un homme pressé

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Un film de Hervé Mimran ,
Avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder,

Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h40
France

En Bref

Cinq heures trente du matin, Alain se réveille au doux son des cours de la Bourse moulinés par France Info. Le business, c’est son quotidien. Sa came, l’automobile et bientôt le salon de Genève, celui où il ne faut pas se rater. Il est l’irascible développeur d’un modèle électrique de pointe dans une firme en vue. Sous ses ordres, des bataillons de subalternes et à la maison, la cuisinière, le chauffeur, une équipe d’invisibles à son service. Mais en cette période de surchauffe, Alain, après avoir négligé des alertes passagères, s’écroule, victime d’un AVC. Direction La Salpêtrière où il va devoir entamer une rééducation du langage… et de sa vie.


Il n’est pas si fréquent de s’attaquer à un sujet a priori pas très sexy. L’accident vasculaire cérébral comme base de comédie, il fallait oser. Et pour incarner le malade avec naturel, Luchini est un candidat de choix. L’enjeu est de taille. Mimran lui-même a dû douter un peu, puisqu’il ajoute dans le scénario une histoire entre l’infirmier et l’orthophoniste d’Alain et la recherche d’identité de celle-ci, abandonnée à la naissance. Était-ce bien nécessaire ?

La relation soignant-soigné est bien traitée. Leïla Bekhti en thérapeute de la langue ne s’en laisse pas conter et ose tenir tête à ce méga cadre sup qui a l’habitude qu’on lui obéisse au doigt et à l’œil. Elle arrive à lui imposer les soins, se montre ferme mais bienveillante et contribue pour une bonne part à le mettre sur le chemin de la rédemption qui, au fil du film l’emmènera sur ceux de Compostelle. C’est ce que le film a de mieux, ce à quoi il aurait dû se tenir. Tout le reste est de l’habillage, de l’excipient sucré pour rester dans la métaphore médicalisée. Quant à savoir s’il faut en passer par un accident vasculaire pour devenir meilleur… Il est permis de penser que le « remède » est pire que le mal !

J’ai noté avec plaisir que les spectateurs qui riaient à tue-tête au début d’Un homme pressé se laissaient prendre à la détresse d’Alain et soudain, le silence se faisait concentré (car oui, les erreurs de langage créent des quiproquos souvent cocasses, à l’insu de celui qui les profère). Mais au total, je doute fort que cet Homme pressé reste longtemps dans les mémoires, il risque plutôt de se presser d’en sortir.

Françoise Poul

Second avis

Alain, grand patron d’industrie automobile, ne possède pas une seconde pour regarder les petits oiseaux voler dans le parc. Son affaire l’occupe 24 h sur 24, et plus si la vie le permettait. Un jour, le temps le rattrape sous forme d’AVC à répétition. Le voilà aux urgences, plein de tuyaux et la parole qui part en nouille. Les mots se mélangent, jouent la foire d’empoigne et foutent le bordel dans sa mémoire. Il va falloir remettre de l’ordre dans tout ce chaos. Il doit réapprendre le sens du langage et peut-être celui de la vie. Il s’aperçoit qu’à frôler la mort, on s’interroge sur les demain et les encore pour supporter les nouvelles aurores. C’est au cœur de la nature, dans les grands espaces du chemin de Compostelle que la magie du retour à une autre vie s’opère. Il sera aidé dans sa croisade de reconquête des mots, par Jeanne, son orthophoniste, Julia, sa fille et la vie qui prend le temps de sourire au lieu de courir. Ils s’agitent autour de lui, portés par leur propre quête personnelle qui les conduit à croiser sa route pour un temps.

« On ne vend pas du rêve, on vend des automobiles. »

Un homme pressé, c’est d’abord, un problème d’identité, de personnalité. Qui suis-je, d’où viens-je, c’est la question centrale du film. Pour Alain, c’est retrouver la parole et le goût de la vie, et non celui de la Bourse. Pour Jeanne, l’orthophoniste, c’est la quête des origines pour une enfant abandonnée à la naissance. Pour Julia, c’est la situation d’une fille aimée par son père. Le film est adapté librement du roman de Christian Streiff qui fut patron de Peugeot de 2007 à 2009. Il raconte son parcours avec de la tendresse pour ses personnages, le long cheminement de la vie et le retour à l’essentiel après la chute d’un homme. Fabrice Luchini, que l’on connaît pour son amour des textes et des mots, s’amuse de cette perte du langage. C’est une petite fable sympathique sur ces chemins initiatiques qui nous amènent à comprendre que la vie est précieuse et que le temps nous est compté.

Chaque jour devient un moment de l’ici et maintenant où ne devrons goûter chaque expérience, chaque rencontre, apprécier la valse des sentiments sans en perdre une seconde. Il devra se demander s’il n’est pas temps de suivre son rêve. Sans être péjoratif, ni mauvaise langue, Hervé Mimran, réalisateur de Tout ce qui brille et sa suite Nous York avec Géraldine Nakache, nous entraine dans une comédie parfois un peu trop sage. Elle s’adresse avant tout au grand public avec ses moments incontournables. C’est le refus de son handicap, la lutte pour le surmonter et la victoire finale où chacun trouve son Graal. On aurait aimé un peu plus de temps sur la quête identitaire de Leïla Bekhti. Elle est passée un peu trop vite. Ce n’est peut-être pas le sujet, me direz-vous. Pourtant il fait écho à la perte des mots.

C’est aussi, en un certain sens, retrouver ses origines par la voie du langage. Nous n’échapperons pas au chemin de Compostelle, à la mode aujourd’hui. Il donne de belles images d’un homme perdu au cœur des paysages avec son chien pour guide. Il renvoie aux mots qui se cherchent dans sa tête. On aura une belle scène d’ « il faut sauver le faon Bambi ». On aurait pu prendre le Tro Breiz, une belle boucle de randonnée en Bretagne longue de 700km,  un peu moins connu. Un homme pressé reste avant tout une fable sur le sens de la vie à travers la parole. C’est une comédie populaire qui s’adresse au public le plus large, au risque d’être trop conventionnelle.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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    Titre : Un homme pressé

    Réalisation : Hervé Mimran

    Scénario : Hervé Mimran, Hélène Filière

    Adapté du roman de Christian Streiff

    Photographie : Jérôme Alméras

    Montage : Célia Lafite-Dupont

    Costumes : Emmanuelle Youchnovski

    Décors : Nicolas De Boiscuillé

    Musique : Balmorhea

    Producteur : Matthieu Tarot

    Production : Gaumont et Albertine Productions

    Distribution : Gaumont Distribution

    Pays d’origine : Drapeau de la France France

    Genre : comédie

    Durée : 1h40

    Dates de sortie : 7 novembre 2018

Distribution

     Fabrice Luchini : Alain Mapler

    Leïla Bekhti : Jeanne

    Rebecca Marder : Julia

    Igor Gotesman : Vincent

    Julien Leglise : le passant

    Fatima Adoum : Nassima Derghoum (Mère de Jeanne)

    Frédérique Tirmont : Aurore

    Christian Streiff : un chômeur devant le Pôle Emploi