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affiche Tunnel

Tunnel

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Un film de Kim Seong-hoon ,
Avec Ha Jung-Woo, Doona Bae, Dal-Su Oh,

Genre : Film catastrophe
Durée : 2h06
Corée du Sud

En Bref

C’est toujours la même chanson, la journée commence radieuse. Jung-soo rentre auprès de sa petite famille, le gâteau d’anniversaire de sa fille bien calé sur le siège arrière. Il reste un dernier tunnel et quelques kilomètres avant de les serrer dans ses bras. C’est toujours la même chanson, grondement du monde et chaos surviennent quand le ciel annonce le bonheur. À peine entré dans le serpent de nuit d’une longue distance, le sol tremble et le plafond s’écroule. Est-ce la fin du monde quand les petits génies malfaisants n’aiment pas la joie de vivre ? Il est enseveli sous plusieurs tonnes de gravats avec à peine de quoi respirer et bouger. Jung-soo compte ses idées noires le rapprochant de la fin. La panique passée, il s’organise.

Comment communiquer avec l’extérieur, se faire entendre et ne pas céder à l’océan de désespoir qui l’assaille ? Dehors, les secours savent qu’un homme est bloqué dans cet antre, devenu tombe de béton. On envisage tous les moyens pour le sortir de là. La Corée du Sud tout entière est à l’écoute, les télés, vautours de l’info, se jettent sur les lieux pour ne rien manquer du drame. C’est ainsi que sa femme apprend que le survivant coincé en enfer est son mari. Elle se rend sur place pour le soutenir, avec pour seul lien quelques minutes de portable par jour. Le Premier ministre fait même le déplacement. Il promet de tout faire pour sauver le pauvre homme. Les jours défilent et se pose la question du prix d’une vie. Le décompte s’accélère et l’espoir devient semblable à une mince feuille de papier. Qu’est-ce qui attend Jung-soo au bout de la route, la lumière ou la nuit éternelle ?


Le huis clos est un exercice difficile quand il se passe dans l’espace réduit des pièces d’une maison. Il donne des chefs-d’œuvre Douze hommes en colère, Alien, La corde, Garde à vue, etc. Il devient carrément casse-gueule et parano quand on passe à celui de la carcasse d’une voiture. On connaît des réussites dans le genre. Un type coincé dans son cercueil, avec pour pote un serpent et du sable, Buried de Rodrigo Cortés en 2010. Une bande de joyeux drilles est coincée dans un cube vide. C’est Cube en 1997 de Vincenzo Natali qui avait un projet de Tunnels, une saga pour adolescents. Kim Seong-hoon, réalisateur de l’excellent Hard Day, a la bonne idée d’opposer l’espace claustrophobe de la voiture sous des tonnes de cailloux et la montagne infinie où les sauveteurs organisent les secours. C’était déjà une réflexion sur la vie à travers la mort.

De la même façon, le dialogue oscille entre la famille et la place du survivant attendant la mort et le pays tout entier. Que le temps passe vite, plus de deux heures où le pendule oscille entre vie et mort, emportant le spectateur sans lui laisser le temps de reprendre son souffle ! Peu à peu, le spectateur suit le fil ténu qui retient notre homme à sa femme qui l’attend dehors. C’est un simple portable qu’il faut économiser comme le reste de batterie. Quand il est vide, qu’est-ce qu’on fait ? Une bonne idée que je ne dévoilerai pas et qui relance l’intrigue. Ce petit bout de ténèbres devient aussi mon « moi je ». Dans l’habitacle, on ne devise plus du monde, mais de sa place au sein de l’univers et de ce qui nous lie à l’autre. Pour une fois, nous n’avons pas affaire à une famille désunie, mais bien l’inverse. Jung Soo hésite à manger le gâteau de sa fille. Tant qu’il reste entier, c’est l’espoir d’une sortie rapide. Tout se joue sur des simples détails, des petits riens apparaissant souvent décalés. Ils dévoilent toute l’ampleur de la situation et combien, aux dernières heures possibles de la vie, nous nous raccrochons à pas grand-chose. Dans cet enfer, il trouve même le moyen de trouver un emmerdeur cadeau rêvé de sa fille. Chut ! Je ne vous en dis pas plus. Ce n’est ni une chauve-souris ni un serpent, mais vivant. Dehors, c’est une autre partie qui se joue où les secours déploient tous leurs efforts pour tenter l’impossible.

Dæ-kyoung, le chef secouriste, n’abandonne pas après l’engouement et une nation derrière ce survivant. Très vite le prix de la vie est mis en avant. C’est une fois de plus le monde de l’argent et celui du vivant, une métaphore de notre société actuelle. Toute cette partie est une réflexion sur la société sud-coréenne et ses politiques corrompus. Elle va des constructeurs de tunnels économisant sur les matériaux aux politiques utilisant l’affaire dans leur propre intérêt. Plusieurs fois la question d’abandonner revient comme une épée de Damoclès. Ironie du sort, on creuse, pas loin, un second tunnel. Il est arrêté pour ne pas amplifier l’éboulement. Vous avez compris, cette immobilisation coûte de l’argent. C’est bien la question du vivant. Une vie est plus importante que toutes les richesses du monde. Nous en sommes venus à compter le poids de celle-ci dans la balance de nos sociétés modernes. Il n’oublie pas le comportement des journalistes assoiffés d’infos, prêts à tout pour du sensationnel, vautours blafards tournoyant autour du futur cadavre. Kim Seong-hoon compose de nombreuses séquences aux symboliques fortes autour de la solitude, le cœur du monde, l’espace infini. Comme la neige qui tombe, une jeune femme seule et les journalistes derrière, prêts à franchir la ligne, les lumières de la voiture caverne, le gâteau d’anniversaire, etc. Tunnel, derrière ses allures de film à grand spectacle, creuse son sillon profondément, interroge sur le sens de l’existence et sur nos comportements égoïstes, avec brio. 

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
Support vidéo :
Langues Audio :
Sous-titres :
Edition :


    •       Titre international : Tunnel

    •       Réalisation : Kim Seong-hoon

    •       Scénario : Kim Seong-hoon, d'après le roman éponyme de So Jae-won

    •       Direction artistique : Lee Hwo-kyeong

    •       Photographie : Kim Tae-seong

    •       Montage : Kim Chang-joo

    •       Musique : Mok Yeong-jin2

    •       Production : Billy Acumen et Lee Taek-dong

    •       Société de production : Showbox ; Another Sunday, BA Entertainment et History E&M (coproductions)

    •       Société de distribution : Showbox (Corée du Sud) ; Version Originale / Condor (France)

    •       Pays d'origine : Corée du Sud

    •       Langue originale : coréen

    •       Format : couleur

    •       Genre : thriller

Durée : 126 minutes

    •       Date de sortie :

    ◦       Corée du Sud : 3 mai 2017

Distribution

    •       Ha Jeong-woo : Jeong-soo

    •       Bae Doona : Se-hyeon

    •       Oh Dal-soo : Dae-kyeong

    •       Jeong Seok-yong : le commissaire Choi

    •       Park Hyeok-kwon : le gouvernement

    •       Nam Ji-hyeon : Mi-na

    •       Seong Byeong-sook : la mère de Se-hyeon

 Récompenses

    Festival  Valenciennes 2017  : Prix du jury, Prix des Étudiants et Prix du public

    Festival international du film fantastique de Bruxelles 2017 : Prix de la Critique

 Nomination

Festival international du film de Locarno 2016 : sélection « Piazza Grande »

Festival du film coréen à Paris 2016 : sélection « Cérémonie d'ouverture »

Festival international du Film Policier de Beaune 2017 : sélection « Hors-Compétition »