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affiche Portrait de la fille en feu

Portrait de la fille en feu

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Un film de Céline Sciamma ,
Avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luàna Bajrami,

Genre : Drame psychologique
Durée : 2h
France

En Bref

Nous sommes en 1770 en plein cœur du Siècle des Lumières, aux portes de la Révolution. Marianne, une jeune peintre, vogue vers une île, effleurant les côtes pour réaliser une commande comme l’époque en compte tant. Elle doit peindre le portrait d’Héloïse, une jeune fille tout juste sortie du couvent. Elle doit épouser un Milanais, remplaçant ainsi sa sœur suicidée. La comtesse, sa mère, et les traditions en décident ainsi. Héloïse réticente à ce mariage, ne rend pas la tâche du peintre facile. Un premier artiste jette l’éponge. Comment peut-on peindre une œuvre fabriquée de morceaux volés, de regards dérobés, de gestes saisis dans le corps des embruns sur la plage ? Marianne se lie d’amitié avec Héloïse et quelque chose se passe entre les deux jeunes filles. Un sentiment émerge, une parcelle de silence et d’émerveillement brise tous les tabous. Il n’est pas certain qu’ils résistent aux mensonges d’un tableau volé. 


En quatre longs métrages, Naissance des pieuvres, Tomboy, Bande de filles, Céline Sciamma construit une œuvre singulière. Le cœur de celle-ci tourne autour de l’identité, particulièrement sexuelle. Elle interroge dans un huis-clos entre trois jeunes filles de conditions différentes la place de la femme au 18e siècle. C’est celui des Lumières, de l’Encyclopédie, de Voltaire, Rousseau et plus tard, de la Révolution. C’est encore celui des carcans et des conventions qui emprisonnent les jeunes femmes. L’île représente un espace restreint, à l’image de leur prison conventionnelle. Toutes les trois à leur manière sont prisonnières des règles et conventions d’une société patriarcale. C’est encore le mariage arrangé. Jeune servante avec des cuisines pour seul horizon.

Marianne semble la plus libre, mais elle ne peut aborder certaines compositions picturales réservées aux hommes. Elle réalise des commandes, respectant à la lettre un académisme manquant de pertinence et de vie. En deux phrases, Céline Sciamma nous en dit plus qu’un long discours sur le sujet. Marianne fâchée : « Je ne vous savais pas critique d’art ». Héloïse ironique : « Je ne vous savais pas artiste. » Elle interroge sur la place du vivant dans la création, comment saisir cette vie fugace et la retranscrire sur une toile, dans un film. L’art et la création deviennent une seconde thématique. Nous la retrouvons dans le cadre, les tissus et les couleurs du portrait de La jeune fille en feu. L’identité en est le cœur du récit derrière les apparences. « Qui suis-je ? » semblent nous demander ces trois jeunes femmes. « Comment nous voyez-vous ? » La liberté souffle déjà sur cet espace restreint.

Dans l’âme de chacune, la Révolution est en marche. Elle se fait dans la douceur, la douleur et le renoncement. Deux scènes finales magnifiques en sont l’expression concrète. Marianne expose un tableau du mythe d’Orphée et Eurydice sous le nom de son père. Le film s’achève sur Héloïse écoutant un concert, une larme perle de son cœur. Le mythe d’Orphée et Eurydice se love dans le récit, histoire d’amour, de renoncement, de perte de l’aimée, et de bien d’autres choses. Orphée fait-il le choix du poète et du souvenir plus que du vivant ? Le nom des deux jeunes filles représente une forte symbolique. Peut-on voir en Marianne la figure de la Révolution, et Héloïse échappée du roman de Rousseau La nouvelle Héloïse. Les interprétations de Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luàna Bajrami sont remarquables, dans un jeu de partage et d’harmonie essentiels au sujet.

 Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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Titre original : Portrait de la jeune fille en feu

    Réalisation et scénario : Céline Sciamma

    Direction artistique : Thomas Grézaud

    Costumes : Dorothée Guiraud

    Photographie : Claire Mathon

    Montage : Julien Lacheray

    Musique : Jean-Baptiste de Laubier et Arthur Simonini1

    Production : Bénédicte Couvreur

    Sociétés de production : Lilies Films ; Arte France Cinéma et Hold Up Films (coproductions)

    Sociétés de distribution : Pyramide Distribution (France) ; Cinéart (Belgique)

    Pays d'origine : France

    Langue originale : français

    Format : couleur - numérique2

    Genre : drame historique

    Durée : 119 minutes

    Dates de sortie : 19 mai 2019 (Festival de Cannes) 18 septembre 2019

Distribution

    Noémie Merlant : Marianne

    Adèle Haenel : Héloïse

    Valeria Golino : la comtesse

    Luàna Bajrami : Sophie