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affiche Petit Pays

Petit Pays

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Un film de Éric Barbier ,
Avec Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Dayla De Medina,

Genre : Drame psychologique
Durée : 1h53
France

En Bref

« * Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. » Extrait petit pays de Gaël Faye.

 C’est le temps de l’insouciance pour Gaby et sa sœur Ana. On vole les mangues dans le jardin du voisin, on goûte l’odeur de la citronnelle dans les rues, on squatte un vieux bus. C’est le temps du petit bonheur qui ne demande qu’à sourire. Il prouve qu’avant existait un autre époque plus paisible. Certes, les parents sont séparés et continuent à se déchirer. Yvonne rêve de Paris. Michel, le père, profite de sa situation d’entrepreneur. Elle lui convient parfaitement et il ne demande rien de plus que vivre. Ailleurs, au-delà du petit pays, le Burundi, au Rwanda terre d’origine de la mère exilée, la tempête gronde. La fureur s’éveille.

Le poids de la différence crée une fracture dans le temps des jours heureux. L’oncle s’engage dans la guerre qui commence, long cri, frémissement. Il finit par gronder comme l’orage au loin. Gaby et sa famille sont rattrapés par la violence d’un monde qui n’arrive plus à communiquer sur le vivre ensemble. À la question de Gaby, son père Michel répond avec ironie : « rien ne différencie les Tutsis et les Hutus, sauf le nez ». L’ouragan n’est plus lointain. Il est ici et plus rien ne sera comme avant. Les frères, les amis d’hier, deviennent des ennemis. La secousse frappe le Burundi et le temps du bonheur éclate à l’arrivée des ténèbres. Yvonne erre dans le chaos, sombrant dans les limbes de la folie à tout jamais. Gaby quitte les territoires insouciants de l’enfance pour l’horreur de la guerre.  


«* La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. »

 Éric Barbier après La promesse de l’aube adapte avec succès un autre roman charnière, Petit pays de Gaël Faye. Dans un premier temps, il saisit l’insouciance et la joie de vivre avec la douceur d’un soir d’été et l’escapade de l’adolescence. « On s’amuse dans un décor aux couleurs de Paradis » dira son père. On fait les 400 coups, comme tous les gamins, chaparder des mangues, refaire le monde avec ses copains. On se forge les premières valeurs de toute une vie. On cohabite sans histoire, sans que la haine ne plante encore sa graine dans le jardin. On se dispute pour un rien, une broutille, oubliée comme un feu de paille. Les parents sont séparés par leur rêve brisé sur la piste de l’existence. La mère imagine les rues de Paris, se perdre au cœur de la capitale, au cœur des boutiques et du temps qui vole comme l’hirondelle annonçant le printemps. Le père se contente de sa vie sans rien demander de plus. 

C’est les années de rien, de tout, qui nous mettent du baume au cœur et bâtissent les forteresses de demain. C’est d’abord la rumeur, un chant de douleur lointain, un oncle parti à la guerre pour venger le sang des siens. La guerre arrive, éclate comme une tempête, bouscule tout sur son passage, écrase les certitudes, brise les habitudes. On se déchire, les amis d’hier, les frères deviennent des ennemis. On se retrouve confronté à des choix pénibles qui nous hanteront toute la vie. Marqué au fer rouge par ce choix de la vie d’un homme pour sauver la nôtre. La guerre change la populace vengeresse en juges et bourreaux au nom du vide existentiel, de la différence portée comme un fardeau. Éric Barbier  bascule dans la tourmente par de nombreux signes annonçant la tempête lointaine. Plus que la violence, c’est la transformation d’un monde paisible en vague de fureur qu’il transpose à l’écran.

Le poids du choix comme une croix, vous fait passer de l’enfance à l’âge adulte trop rapidement. Il s’empare du roman de Gaël Faye pour mettre des images sur les mots, parfois soleil de poésie, douleur de l’âme, frénésie de la guerre. Il annonce le chaos extérieur par celui intérieur du couple, comme un écho du macrocosme au microcosme. Peut-être que tout n’est que jeu de miroirs. Avec La promesse de l’aube, son propos prenait un ton plus sombre, qui se confirme avec Petit pays. C’est une belle fresque qui nous rappelle la stupidité du monde, nous entrainant sur les terres de la violence au nom de la différence. La mère, remarquable Isabelle Kabano, sombre dans la folie. «* Maman n’est jamais revenue de chez toi. Elle a laissé son âme dans ton jardin. Elle s’est fissuré le cœur. Elle est devenue folle, comme le monde qui t’a emporté.» On ne sort pas de l’enfer sans laisser un peu, beaucoup, de son innocence. Après Hôtel Rwanda, Shooting Dogs, Un dimanche à Kigali, Kinyarwanda, Petit pays nous montre une fois de plus la folie de l’humanité.

« * Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j'ai compris que je l'étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »

 Patrick Van Langhenhoven

* Extraits de Petit pays de Gaël Faye (roman Edition Grasset).

Note du support : n/a
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    Titre original : Petit Pays

    Réalisation : Éric Barbier

    Scénario : Éric Barbier, d'après le roman de Gaël Faye

    Costumes : Laurence Esnault

    Photographie : Antoine Sanier

    Musique : Renaud Barbier

    Production : Éric Jehelmann, Philippe Rousselet, Jérôme Salle

    Sociétés de production : Jerico, Super 8 Production, Pathé Production, France 2 Cinéma et StudioCanal

    Société de distribution : Pathé Distribution

    Budget : 5 millions d'euros

    Pays d'origine : France et Belgique

    Langue originale : français

    Genre : drame

    Durée : 113 minutes

    Dates de sortie : 28 août 2020

Distribution

    Jean-Paul Rouve : Michel Chappaz

    Djibril Vancoppenolle : Gaby Chappaz

    Dayla De Medina : Ana Chappaz

    Veronika Varga : Madame Economopoulos

    Isabelle Kabano : Yvonne

    Hervis Nahimana : Innocent

    Tao Monladja : Gino

    Ruben Ruhanamirindi : Armand

    Brian Gakwavu : Lucien

    Kenny Hubawiwe : Paul

    Nelson Mbembe : Francis