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affiche Monsieur

Monsieur

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Un film de Rohena Gera,
Avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni,

Genre : Drame psychologique
Durée : 1h39
Inde

En Bref

Ratna, jeune veuve, travaille à Mumbai en tant que servante pour ne pas être à charge de sa belle-famille. Elle est rappelée d’urgence, alors qu’elle devait passer une quinzaine de jours auprès des siens. Il se trouve que les noces d’Ashwin pour qui elle travaille viennent d’être annulées. Il est de retour chez lui, désemparé, et a donc besoin de sa domestique.


L’amour au temps des castes. Voilà en gros le propos de Monsieur, premier film plein d’intelligence, qui sous couvert d’une romance à mi-voix dresse le tableau éloquent d’une société encore complètement corsetée par son système social, impitoyable envers les « petites gens ».

 Rohena Gera utilise les couloirs et les cloisons de l’appartement luxueux du fils de famille choyé pour marquer l’enfermement. Chaque jour Ratna recommence la préparation des repas, chaque jour elle époussette les meubles. Elle glisse sans bruit, telle un fantôme pour apporter le thé de Monsieur, son repas. Elle s’enquiert de ses besoins mais se doit d’être invisible. Malgré sa lourde charge, elle ne se plaint pas car elle sait que sa condition est meilleure que si elle était restée à la campagne. Et elle ambitionne d’apprendre la couture pour s’élever, et réaliser son rêve personnel. Elle finance les études de sa sœur restée au village, avec qui elle espère monter sa propre entreprise.

Ashwin est rentré des Etats-Unis par devoir filial pour reprendre l’entreprise paternelle. Visiblement, il est moins strict que la plupart des gens sur le respect des traditions. Il ne manifeste aucun mépris à ses employés, fait preuve d’ouverture. Et rapidement, ses relations avec Ratna se teintent de quelque chose de plus.

C’est là que le film est très fort. Il ne s’agit pas seulement de discrimination, mais Monsieur traduit également les préjugés et les codes indépassables au sein même de chaque groupe social. Ratna est rattrapée au sein de sa famille par les traditions, pendant qu’Ashwin fait l’objet d’observations peu amènes de ses proches qui l’ont percé à jour. Il semble n’avoir pas conscience des conséquences que cette histoire non éclose pourrait avoir pour lui mais bien plus encore pour Ratna, tant la faute est toujours portée par les classes inférieures.

 Les scènes sont courtes, les dialogues se comptent en peu de mots. Les frôlements, les déplacements, les répétitions rythment le va-et-vient des élans du cœur des deux personnages. Autour d’eux, tout est menaçant, c’est pourquoi l’appartement est autant une prison qu’un refuge.

 Rohena Gera réussit son premier opus avec une belle maitrise. Nous espérons qu’elle saura garder le sens de la retenue éclairée qui l’anime dans ses prochaines réalisations.


Françoise Poul

Note du support : n/a
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