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affiche Les Estivants

Les Estivants

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Un film de Valeria Bruni Tedeschi ,
Avec Valeria Bruni Tedeschi , Pierre Arditi, Valeria Golino ,

Genre : Comédie dramatique
Durée : 2h08
France

En Bref

C’est bientôt l’été et on entend peut-être au loin le chant des bergers. Anna et sa famille se retrouvent comme chaque été, estivants privilégiés dans la belle demeure dominant la Méditerranée. Dans les jardins, sous l’ombre des grands arbres on discute de tout et de rien, de la vie avec ses tempêtes et ces étés ensoleillés. Vieille famille, de celles immortalisées par Visconti, elle clame la fin d’une époque où chaque classe est sa place. Le petit personnel réclame ses petits avantages et le monde tourne comme à son habitude. On évoque les jours anciens. A table, la violence des anamnèses crues trouble la tablée sage. Le frère devient fantôme et hante la parole des vivants pour ne pas se perdre dans le néant. Anna cache l’absence de son mari batifolant au bras d’une plus belle, plus que tout cela. L’été, lui, se soucie peu des petites gens, des vieilles familles d’une noblesse trop ancienne pour que l’on s’en souvienne. Il ne reste plus que le temps qui passe et dans les déchirements du cœur, l’amour s’invite, brisant les luttes de classes. À la fin, la brume où l’on se perd et se retrouve nous dira si ce n’est que le rêve du poète ou la réalité.


L’idée de départ est la pièce de Maxim Gorki, Les Estivants, dramatisant la vie des aristocrates russes et des artistes face aux bouleversements qui s’annoncent à l’aube du vingtième siècle. La réalisatrice, comme à son habitude, s’inspire de sa propre histoire pour en modifier le fond. Elle part d’une séparation qui n’a pas eu lieu sur un quai de gare. Ce n’est que bien plus tard qu’elle transforme en tragi-comédie ce moment incontournable des adieux. La réunion dans la vieille demeure aux allures seigneuriales prendra cet été d’autres couleurs. Ce sont celles des douleurs des uns et des autres, vieux secrets cachés, mort d’un frère pesant encore de son ombre sur la valse des souvenirs. Autour, dans un autre monde, le petit personnel que l’on n’écoute pas, réclame ses droits.

Un diner se transforme en une expiation des blessures les plus profondes, viols, attouchements loin d’être anodins. C’est l’une des séquences les plus violentes du film, à la fois dans sa vérité sans ombre, parole crue qui se lâche. La réaction de certains personnages, à l’image de cette réunion de famille, ressemble à celle d’une autre époque. C’est ce qui se détache de l’ambiance générale, celle d’un monde que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, fantôme d’hier. C’est le poids de la mort du frère et de tous ces non-dits qu’elle éveille. Il devient ce fantôme trainant dans la marge, entre le monde des vivants et celui des morts. Il est à l’image de cette famille, entre hier et aujourd’hui, morte ou vivante ? L’amour s’invite dans ce chaos, nous rappelant qu’il est le même chez les petits et les grands. Le petit personnel s’enlace, s’embrasse, se trompe comme les patrons. La mise en scène est fluide, jouant d’un huis clos ouvert sur l’océan qui parfois caresse le vent au loin.

Les jardins et les pièces se transforment en espaces de théâtre de la réalité. Le spectateur démêlera l’écheveau de ce qui appartient à la vie de la réalisatrice, son histoire comme terreau de fiction, et parole inventée. C’est un cinéma particulier, entre comédie et drame. Il compose un genre spécifique, la poésie de Valeria Bruni Tedeschi. Elle ressemble à ces couleurs de fin du jour de l’été, caressant les blés dans ces lumières proches des tableaux des impressionnistes. À la fin, dans la brume, on finit par se perdre et se retrouver, comme nous le dit Valeria Bruni Tedeschi. On pense au néoréalisme italien rencontrant un cinéma plus proche de la poésie, quand le silence en dit plus que la parole, et le mensonge plus que la vérité.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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Edition :


  Titre : Les Estivants

    Réalisation : Valeria Bruni Tedeschi

    Premier assistant réalisateur : Olivier Genet

    Scénario : Valeria Bruni Tedeschi, Agnès de Sacy, Noémie Lvovsky et la collaboration de Caroline Deruas

    Direction musicale : Steve Bouyer et Pascal Mayer

    Décors : Emmanuelle Duplay

    Costumes : Caroline De Vivaise

    Photographie : Jeanne Lapoirie

    Musique : Paolo Buovini

    Son : François Waledisch

    Montage son : Sandy Notarianni

    Montage : Anne Weil

    Mixage : Emmanuel Croset

    Casting : Marion Touitou

    Producteurs : Alexandra Henochsberg, Patrick Sobelman; Angelo Barbagallo

    Directeur de production : Serge Catoire

    Sociétés de production : Ad Vitam Production, Ex Nihilo, Bibi Films

    Sociétés de distribution : Ad Vitam (France) ; Lucky Red (Italie)

    Budget :

    Langue originale : français et italien

    Pays d'origine : France et Italie

    Format : couleurs

    Genre : comédie dramatique

    Durée : 125 minutes (2 h 05)

    Date de sortie : 30 janvier 2019

Distribution

     Valeria Bruni Tedeschi : Anna, une cinéaste

    Pierre Arditi : Jean, son beau-frère

    Valeria Golino : Elena, sa femme et sœur d'Anna

    Noémie Lvovsky : Nathalie, la co-scénariste d'Anna

    Yolande Moreau : Jacqueline

    Vincent Perez : Jonathan Dickinson, l'acteur suisse

    Laurent Stocker : Stanislas

    Riccardo Scamarcio : Luca

    Bruno Raffaelli : Bruno

    Marisa Borini : Louisa

    Stefano Cassetti : Marcelo

    Xavier Beauvois : le producteur du film

    François Négret : Jean-Pierre

    Oumy Bruni Garrel : Celia

    Anthony Ursin : un petit garçon

    Joël Clabault : Gérard

    Guilaine Londez : Pauline