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affiche Le Daim

Le Daim

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Un film de Quentin Dupieux ,
Avec Jean Dujardin, Adèle Haenel, Albert Delpy,

Genre : Comédie
Durée : 1h24
France

En Bref

Le Daim n’est pas un film sur un bonbon célèbre, un western, un animal de nos forêts profondes, bien que. Il pourrait être l’histoire de ce dernier errant dans nos campagnes, bousculant la réalité comme un pneu (sujet d’un précédent film de Dupieux). Le Daim commence comme une histoire de Coluche. C’est l’histoire d’un mec amoureux d’un blouson à la Buffalo Bill. Georges, un brave type, achète à un prix exorbitant, mais quand on aime on ne compte pas, un blouson en daim. Pour lui ce n’est pas un vêtement banal, c’est tout un poème, une histoire à construire, un talisman. Quand il l’enfile, il devient un autre homme. Par un concours de circonstances particulières, il se retrouve dans un hôtel paumé au fin fond de nulle part. La barmaid passe son temps à remonter des films connus. Elle rêve d’être monteuse de cinéma. Georges se fait passer pour un réalisateur en pleine fabrication improbable. Il n’en faut pas plus à Denise pour rejoindre l’aventure et lui donner une tournure sens dessus dessous. Ces deux-là réinventent le monde et poursuivent une route surréaliste.


« Style de malade » dit Georges en parlant de son nouveau look.

Quentin Dupieux se fait connaître avec Steak, son premier long métrage, reconnaitre par Rubber, l’histoire d’un pneu semant la pagaille sur sa route, et obtient la consécration avec Au Poste ! Il revient avec un film surréaliste comme à son habitude, plus épuré et toujours aussi surprenant. Il construit une œuvre à contre-courant, pleine de non-sens que les pataphysiciens ne renieraient pas. Très vite, l’univers normal part en vrille et suit une route de plus en plus folle. Derrière cette folie se cache un regard juste sur notre société, ses phobies, ses illuminations, et sa folie douce, voire sauvage. Les dialogues sont sens dessus dessous, arabesques surréalistes et lapidaires. Ils font mouche comme le fleuret, et le bon mot de Cyrano. Égoïste, inculte, misogyne, Georges rejoint la galerie des grandes figures de l’univers de Dupieux.

Jean Dujardin excelle dans le rôle d’un idiot inquiétant emporté par sa phobie. Dans cette lignée, il construit à chaque fois un film différent n’empruntant jamais la même route. Cette fois plus que le récit en décalage, c’est le personnage lui-même possédé par l’objet qui devient le centre de l’histoire. Un duo implacable se forme avec Denise, l’excellente Adèle Haenel. Elle semble au départ plus saine d’esprit. Très vite, comme le dit Quentin Dupieux, nous nous apercevrons qu’elle est aussi folle que lui. Cette construction du non-sens n’échappe pas à une certaine logique. L’obsession prend le pas sur le monde vrai pour conduire les deux héros dans un univers personnel nous échappant. Derrière se cache une réflexion sur le cinéma indépendant, de la difficulté de financement au tournage, scénario, mise en scène, trame du récit. Il existe pourtant une construction rigoureuse, à l’image des personnages du film.

Le Daim  commence comme un film noir façon Série noire d’Alain Corneau avec son image travaillée comme un brouillard obscurcissant l’esprit. Il s’achève par un caprice d’enfant virant à la schizophrénie, plus qu’au fétichisme. Il devient plus inquiétant dans son basculement du rire au parcours de la folie intérieure. À la fin, nous chercherons quand la réalité a basculé, ouvrant les portes d’une autre perception. Nous pourrions le voir comme la mue, le changement de peau se rapprochant de La piel que habito. Il dévoile un réalisateur maitrisant son sujet parfaitement, bâtissant film après film une œuvre complexe qu’un psychanalyste adorerait disséquer. Il analyse par le chaos, avec justesse, les travers inavoués d’une société moderne en quête de sens. Il faut se laisser porter, accepter que le non-sens devienne une réalité normale pour savourer Le Daim. Vous pensez bien que nous adorons ce genre de film, extra-terrestre filmique dans un monde où tout doit être bien lisse. 

 Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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Edition :


    Titre original : Le Daim

    Réalisation, scénario, photographie et montage : Quentin Dupieux

    Son : Guillaume Le Braz

    Décors : Joan Le Boru

    Costumes : Isabelle Pannetier

    Production : Arte France Cinéma, Thomas Verhaeghe et Mathieu Verhaeghe

    Sociétés de production : Atelier de production1 avec la participation d'Arte France Cinéma

    Distribution : Diaphana (France)

    Pays d'origine : France

    Langue originale : français

    Genre : comédie

    Format : couleur

    Durée : 77 minutes

    Dates de sortie : 15 mai 2019 (Festival de Cannes - Quinzaine des réalisateurs), 19 juin 2019 (sortie nationale)

Distribution

    Jean Dujardin : Georges

    Adèle Haenel : Denise

    Youssef Hajdi : Olaf

    Albert Delpy : Monsieur B

    Julia Faure : Jeanne

    Marie Bunel : Kylie

    Thomas Blanchard : Michael

    Tom Hudson : Yann

    Pierre Gommé : Nicolas

    Laurent Nicolas : Norbert

    Coralie Russier : Vic

    Stéphane Jobert : Adrien

    Franck Lebreton : David

    Panayotis Pascot : Johnny

    Maryne Cayon : Zita