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affiche La Forme de l'eau

La Forme de l'eau

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Un film de Guillermo del Toro ,
Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins ,

Genre : Fantastique
Durée : 2h03
États-Unis

En Bref

« La vie n’est que le naufrage de nos projets. »

Cette histoire d’amour pourrait prendre la forme d’un conte cosmique de vie. Il était une fois un guerrier sauvage et cruel. Il manie la matraque comme le noir de son âme folle. Un jour de pluie, il ramène une créature étrange que nul ne pouvait voir dans l’antre de ses maîtres. Pour lui, il n’était qu’un animal sauvage, bestial, sans conscience, sans pitié. Pour des peuples perdus de l’Amazone, il était un dieu des temps anciens. Il naquit peut-être avec le déluge ou bien avant, dans ce moment de la fusion du monde éclatant en de nombreuses galaxies. Le guerrier ne voulait pas le comprendre, l’animal viendrait à lui et non l’inverse. Il frappait, frappe, flip, flop comme la goutte de pluie sur la vitre.

Ailleurs, dans le silence d’une jeune femme, gît le cœur de l’innocence. Elle partage sa chaumière avec un vieil homme aux mœurs différentes. Elle est muette. Ils se comprennent au-delà des mots dans un lieu où le monde prenait naissance dans le silence. Elle n’était ni princesse ni scientifique, simple femme de ménage. Elle briquait sols et murs, nettoyait le sang et les traces sombres laissées par le guerrier. Flip, flop, la goutte glisse sur la vitre et le cœur chavire. Il était une fois une créature différente et une femme innocente s’aimant dans le néant où repose l’amour indicible et ineffable. Ils s’enfuirent, noyant le fracas du guerrier à leurs trousses dans le flip, flop de la pluie. Ils s’uniront peut-être à jamais dans la forme de l’eau, si la vie le permet.


« Il suffit d’une seule fois pour qu’on vous oublie et toutes vos réussites avec. »

Derrière le cinéma de genre de Guillermo Del Toro, comme dans celui de La Iglesia il se cache bien plus que des monstres et la main du diable. La forme de l’eau dévoile au-delà du rideau de pluie bien plus de messages. Le premier est une histoire d’amour à la Tristan et Yseult par sa quête de l’autre, sans concession, jusque dans le néant des tombeaux flottants. Nous revenons à la vieille idée du Tao. Il existe ailleurs une partie du tout que je formais au début du monde quand nous n’étions qu’un. Cela va bien plus loin que l’égalité. C’est la fusion entre elle et lui à la fin du film. Certaines symboliques apparaissent comme essentielles, l’œuf, la pluie, la communication par la musique, le sacrifice, la différence, et bien d’autres encore. L’œuf est à la fois le symbole de fécondité dans l’Égypte ancienne et celui de la genèse du monde pour d’autres civilisations. Il se voit comme la représentation de la terre, le jaune étant le magma en fusion. Il est la transmutation en alchimie. Il prend une place importante dans le film. C’est le premier lien entre la créature et Élisa. Il revient sans cesse comme un chœur dans un contre tragique. La pluie entre dans de nombreux rituels anciens dans les sociétés primitives, c’est l’abondance des récoltes. Elle représente le cercle du Mandala, lui-même principe de vie. C’est peut-être pourquoi Guillermo del Toro glisse cette magnifique scène.

La danse de deux gouttes d’eau sur la chanson, La Javanaise se transforme en un moment magique comme d’autres petites fragrances d’émotion. Elle conduit au fleuve menant à la mer, peut-être celle des origines du ventre des mères et du monde. C’est le symbole des influences célestes reçues par la terre, les principes de fécondité et fertilité de nombreuses sociétés anciennes. Pour finir, une autre notion colle bien au film, celle de la miséricorde. La musique, le silence nous ramènent au néant bien plus grand que le tout. Pour en revenir à l’idée du début, ils n’ont pas besoin de paroles. Il fut un temps ancien où ils n’étaient qu’un. La musique rappelle celle du cosmos pour la dimension universelle du film. La différence, le handicap apparaissent sous de nombreuses formes, Élisa muette, Giles homosexuel, Zelda afro-américaine. La tolérance de ce petit groupe annonçant déjà un autre monde s’oppose à l’intolérance des militaires, de Richard le guerrier, des Russes. Entre les deux, le scientifique tient une place particulière. Cela nous amène à l’aspect social d’une époque, celle de la guerre froide, de la recherche encore ancrée dans la fin du dix-neuvième siècle et celle du vingtième. Elle regarde vers la génétique, les progrès de la fin du siècle, mais elle est encore prisonnière de ses idées toutes faites. Particulièrement sur les peuples et les créatures primitives que feront voler en éclat des gens comme Claude Lévi-Strauss. C’est la fin d’un monde. La photographie remplace les dessins de Giles, dépassé.

Pour Élisa, le monde oscille entre la violence et les comédies musicales qu’elle regarde avec Giles, esquissant quelques pas de danse. En bas, dans un cinéma, passe un vieux film biblique rappelant la notion du sacrifice, de la force à travers l’histoire de Samson et Dalila. Nous pourrions encore explorer La forme de l’eau et découvrir d’autres pistes de réflexion dans ces multiples genres, espionnage, scientifique, fantastique, aventures, dans un film d’auteur. Nous pensons qu’il revient au roman gothique cachant derrière ses monstres, Dracula, Frankenstein, Le moine, une grande histoire d’amour. C’est d’ailleurs ce qui sauve une autre créature de sa nature bestiale dans Le Loup-Garou. C’est en pensant à Marylin Monroe sortant dans Sept ans de réflexion d’une séance de La créature du marais. « J’ai beaucoup aimé le film mais je suis vraiment triste pour la créature ! » Quelle sensibilité…  Aujourd’hui La forme de l’eau est une réponse à cette sensibilité et un film romantique avant tout.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
Support vidéo :
Langues Audio :
Sous-titres :
Edition :


    Titre original : The Shape of Water

    Titre français : La Forme de l'eau

    Réalisation : Guillermo del Toro

    Scénario : Guillermo del Toro et Vanessa Taylor

    Direction artistique : Paul D. Austerberry

    Décors : Nigel Churcher

    Costumes : Luis Sequeira

    Photographie : Dan Laustsen

    Montage : Sidney Wolinsky

    Musique : Alexandre Desplat

    Production : J. Miles Dale et Guillermo del Toro ; Liz Sayre (déléguée)

    Sociétés de production : Bull Productions, Double Dare You Productions, TSG Entertainment et Fox Searchlight Pictures

    Sociétés de distribution : Fox Searchlight Pictures (États-Unis), 20th Century Fox France (France)

    Budget : 19,5 millions de dollars

    Pays d'origine : Drapeau des États-Unis États-Unis

    Langue originale : anglais

    Format : couleur

    Genre : fantastique, romantique

    Durée : 123 minutes

    Dates de sortie : 21 février 2018 (sortie nationale)

Distribution

     Sally Hawkins : Elisa Esposito

    Michael Shannon (VF : David Krüger) : colonel Richard Strickland

    Richard Jenkins (VF : Michel Derain) : Giles, le voisin d'Elisa

    Doug Jones : l'homme amphibien, « l'atout » (The asset en VO)

    Michael Stuhlbarg (VF : Arnaud Bedouet) : Dr. Robert Hoffstetler / Dimitri Antonovich Mosenkov

    Octavia Spencer (VF : Astrid Bayiha) : Zelda Delilah Fuller

    Lauren Lee Smith (VF : Barbara Beretta) : Elaine Strickland

    Nick Searcy (VF : Michel Dodane) : Général Hoyt

    David Hewlett (VF : Jérôme Rebbot) : Fleming

    Nigel Bennett (VF : Sacha Vikouloff) : Mihalkov

    Stewart Arnott (VF : Jérôme Keen) : Bernard

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