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affiche Des bobines et des hommes

Des bobines et des hommes

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Un film de Charlotte Pouch ,
Avec Salariés de Bel Maille,

Genre : Documentaire
Durée : 1h07
France

En Bref

A l’occasion du tournage de La fille du patron, l’équipe découvre une entreprise au bord du gouffre. Charlotte Pouch s’empare de cette vision pour en raconter les derniers jours. Quand l’espoir faiblit et ne devient plus qu’une illusion, il ne reste que la nostalgie pour espérer. « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, Et sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir ». Rudyard Kipling Tu seras un homme mon fils. Quand tu ne pourras plus rien faire que verser des larmes, tu seras désespéré. L’histoire commence comme un vent d’espérance soufflant sur l’usine Bel Maille, une brise pleine de promesses. La petite entreprise filait dans le bon sens avec l’arrivée d’un nouveau directeur. Elle voyait poindre à l’horizon des jours meilleurs. Elle ignorait qu’elle connaitrait la crise des jours difficiles où chacun sacrifie une part de soi pour tous. La tempête devient oppressante et rien ne semble l’éloigner du navire. Il lui faut au plus vite, face au dépôt de bilan, trouver un repreneur pour sauver une partie de son équipage.


Les failles dans la carcasse mourante se fissurent, les langues se délient et les défauts apparaissent. Il apparaît une direction peu crédible, soupçonnée d’une mauvaise gestion, voire plus, qui la conduit au bord du gouffre. Les réunions se succèdent, mais rien ne vient sauver des vies condamnées par la loi de l’économie libérale. Des bobines et des hommes révèle le constat de voyou, profiteur, limite incapable. C’est peut-être un gâchis monstre dû en grande partie à une mauvaise gestion qui précipite la fin d’un monde. Une gestion meilleure aurait sans doute conclu à moins de casse humaine, voire sauvegardé un savoir-faire aujourd’hui perdu. Dans la grande braderie libérale, capitaliste, le poids d’une vie ne vaut pas grand-chose face à celui de l’argent. C’est le plus triste dans cette histoire sacrifiée sur l’autel de la compétition intensive. Après l’espérance d’un repreneur, d’une partie de l’équipe sauvée du naufrage, c’est le dégout d’une vie consacrée à son travail, blessant le cœur de tous.

C’est le lot des ouvriers, ils se résignent à l’impensable, la fermeture et l’arrêt des machines sonnant le glas, le trépas de Bel Maille. Dans la tempête, on oublie ces années passées à bâtir un rêve, une utopie. On oublie ces hommes et ces femmes qui, chaque jour, donnent à l’entreprise le meilleur d’eux-mêmes. Leur douleur n’est pas prise en compte dans la balance mais seulement des chiffres absurdes qui dansent sur la tombe. Nous comprenons facilement les réactions des ouvriers prenant leur patron, leur usine en otage. C’est une vie qu’ils tentent de sauver par ces gestes désespérés. Dans Des bobines et des hommes, chacun plie sous l’évidence. C’est le silence, ces non-dits entre chaque parole donnée à la réalisatrice, tout ce que nous ne voyons pas, mais ressentons au fond de notre âme. Ce sont ces vies jetées en pâture au molosse de l’économie. Le constat n’est pas l’inconscience d’une utopie ancienne, patron salaud et ouvrier saint. C’est bien pire de voir disparaître la part essentielle de ce qui fait l’économie, l’humain. Quand elle disparaitra complètement, il ne restera que des chiffres, et je me demande bien ce que nous pourrons bien en faire.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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