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affiche Cessez le feu

Cessez le feu

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Un film de Emmanuel Courcol ,
Avec Romain Duris, , Céline Sallette, Grégory Gadebois,

Genre : Drame psychologique
Durée : 1h43
France

En Bref

Les hommes se préparent à subir de nouveau le chant des canons et la vision de l’horreur d’un monde qui enfante le chaos. Ils se bousculent, hurlent, tombent sous la force du souffle, se dispersent en mille morceaux. La fureur n’a plus de nom pour crier sa révolte. On courbe l’échine mais ce n’est pas pour planter la graine dans le champ où fleurissaient les coquelicots. Le silence viendra bientôt recouvrir la terre où la mort dévore les corps des soldats inconnus et des oubliés. Il est temps de revenir au pays, de nourrir l’espoir pour ensemencer la terre, nourrir les illusions d’un monde où les tourterelles chanteront de nouveau. Au pays, la mère recueille les dons pour retrouver les corps de ceux qui ne reviendront plus. Trois fils n’en sont jamais revenus.

Marcel est muet comme une tombe, encore là-bas où fleurissent les croix de bois. Georges erre comme une âme en quête de sa route dans les terres mystérieuses de l’Afrique en pays Dogon. En compagnie d’un de ses frères d’armes africains, ils vivent des masques de petits dieux anciens qu’ils échangent contre des histoires de bravoure. Au pays, la mère et Marcel désespèrent du retour de Georges et le miracle a lieu dans la lumière du petit jour. Le frère, le fils perdu, revient au logis. Hanté par le champ des horizons infinis, broyé par la mémoire des cadavres, il tente de retrouver le chemin du bonheur. La vie s’accroche, ricoche sur les blessures pour de nouveau croire au ciel d’azur. Georges tente de se reconstruire avec la professeure de langue des signes de Marcel. Il suffit juste qu’il tue les fantômes des morts pour retrouver le pays des vivants.


« L’impossible c’était de revenir en entier, bientôt nous aurons fait l’impossible » Marcel

Emmanuel Courcol, coscénariste de Philippe Lioret reprend les mêmes thématiques pour sa première réalisation. Il choisit pour terrain d’exploration de l’âme humaine la guerre la plus meurtrière et les chocs post-traumatiques. C’est la première fois que l’on aborde ce sujet tabou, même si les gueules cassées ont fait l’objet de quelques films. Il n’en est rien sur le retour de tous ces soldats marqués au fond de leur conscience par l’horreur absolue. La première séquence nous rappelle les meilleurs films de guerre et leur vision apocalyptique.  C’est quelques images et un long plan-séquence balayant cette blessure au cœur de la terre où les hommes ploient sous le souffle de l’enfer. Le spectateur comprend combien cette violence ne peut épargner personne, même pas les plus solides.

Elle marque forcément au fond de l’âme chacun de ces hommes qui ne pourront plus jamais être les enfants insouciants du printemps de 1914. Nous suivrons leur parcours et leurs tentatives de survie, de renouer avec l’existence et le bonheur. Comment retrouver le sentier des jours de rien où le soleil éclaire la vallée et le fleuve paisible ? Marcel choisit de se murer dans son silence, de rejoindre à la nuit tombée ses fantômes qu’il cherche dans la ville. Il faut trouver la porte qui s’ouvre pour pénétrer leur cœur et commencer le long chemin du retour de l’enfer. Ils sont tous des Orphée descendus au pays d’Hadès, mais combien en reviendront ? Marcel est toujours là-bas, perdu sur le champ de bataille. Hélène trouve le moyen d’entrouvrir la fenêtre pour dévoiler un bout de ciel bleu avec la langue des signes. Georges, le plus fort des trois fils, n’est pas en reste. Il apparaît encore stable, debout, mais au fond il vacille et tremble encore. Il cherche à se perdre dans le désert, au cœur du vide et du silence, en quête de l’oubli, comme Rimbaud. Il pense qu’ailleurs tout peut s’effacer de la mémoire. Toute la partie africaine est magnifique, message de tolérance et de partage des différences.

On sent qu’il ne reste plus à Georges que cette fuite en avant pour essayer de devenir un autre, un Dogon et tourner le dos à l’enfer. Le fleuve nous emporte et nous ramène au point de départ. Il représente peut-être le lieu de passage entre les vivants et les morts. Le parcourir, c’est rester sur la ligne en oubliant les fantômes. Mais sa présence est toujours là, dans l’ombre des herbes de la savane où la mort, une fois de plus, le ramène au pays. Georges est surtout en guerre contre lui-même. Il doit se confronter à la réalité pour tenter de retrouver un chemin de paix de l’âme. Il vient par la femme, le havre de paix du guerrier, la mère qui absorbe vos douleurs, la compagne qui donne la vie. Tout n’est pas facile, reconstruire une parole d’amour et de tendresse devient une route complexe où l’on peut mourir à jamais. Le réalisateur s’appuie sur ce voyage au cœur de l’autre pour se retrouver et, de nouveau, accepter la réalité et la fin du cauchemar. Chaque moment est hanté par des fantômes venus du passé pour haranguer l’avenir. Les hommes sont des statues de marbre aux pieds d’argile et les femmes sont d’argile aux pieds de marbres. Elles sont aussi marquées que les hommes, mais d’une autre façon, dans leur chair d’épouse, de mère où d’autres revenants viennent arpenter leur douleur.

C’est un monde traumatisé qui devra en passer par les années folles pour se relever et espérer, mais jusqu’à quand ? Emmanuel Courcol a su trouver les acteurs parfaits pour incarner ces âmes tourmentées qui devront retrouver le chemin de la vie. Malheur et bonheur, les deux sont dans une personne vivante. Grégory Gadebois compose un Marcel, grosse masse, nounours tout en délicatesse et nuances profondes. Céline Sallette est parfaite dans le rôle d’Hélène, double, reflet féminin de Georges, cachant plus habilement ses blessures. Romain Duris, une fois de plus, incarne à la perfection le personnage de Georges, soldat tenant droit dans la tempête, mais touché autant que les autres. Personne n’échappe au rire du diable quand il décide de tourmenter les hommes. Enfin, les figures secondaires comme Julie-Marie Parmentier, douce Madeleine perdue, Maryvonne Schiltz, magnifique en mère courage, et Wabinlé Nabié Diolo représente ces soldats venus des colonies pour défendre un monde loin du leur. Tout est dit dans ce film, rien ne manque à l’appel du pire comme du meilleur, de la bravoure comme de l’horreur, avec une chanson composée par le réalisateur, plus vraie que nature.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
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Sous-titres :
Edition :


    Titre original : Cessez-le-feu

    Titre international : Ceasefire

    Réalisation : Emmanuel Courcol

    Scénario : Emmanuel Courcol

    Direction artistique : Mathieu Menut

    Costumes : Stephan Rollot et Édith Vesperini

    Photographie : Tom Stern et Yann Maritaud

    Son : Pascal Armant et Sébastien Marquilly

    Montage : Guerric Catala et Géraldine Rétif

    Musique : Jérôme Lemonnier

    Production : Christophe Mazodier ; Céline Chapdaniel (associée)

    Sociétés de production : Polaris Film Production et Finance ; Fontana et Umedia Production (associée) ; Apaloosa Distribution, Adhésive Production, Compagnie Gama des Films et France 2 Cinéma (coproductions)

    Société de distribution : Le Pacte

    Pays d'origine : Drapeau de la France France/Drapeau de la Belgique Belgique

    Langue originale : français

    Format : couleur

    Genre : drame historique

    Durée : 103 minutes

    Date de sortie : 19 avril 2017

Distribution

    Romain Duris : Georges Laffont

    Grégory Gadebois : Marcel, le frère de Georges

    Céline Sallette : Hélène, professeur de langue des signes

    Maryvonne Schiltz : Louise, la mère de Georges

    Wabinlé Nabié : Diofo

    Julie-Marie Parmentier : Madeleine

    Arnaud Dupont : Philippe

    Yvon Martin : Fabrice

    Armand Éloi : Debaecker

    Fabrice Eberhard : Lavandier

    Mathilde Courcol-Rozès : Angèle